LES ENFANTS D’AUTREFOIS ET D’AUJOURD’HUI

XXIème siècle, notre époque ne croit plus à l’innocence des enfants. Les enfants ont désormais, leurs propres livres (pour ceux qui savent lire), leurs jouets, leurs vêtements, leurs émission télé. Ils ont même, leurs propres institutions, conseils municipaux, et depuis 1989, ils ont un dispositif légal international, la Convention des droits de l’enfance.

Sont-ils plus heureux qu’autrefois ? Cela dépend dans quelle partie du monde ils sont nés. L’histoire lamentable des enfants esclaves en Inde,  la prostitution enfantine en Asie, les petits délinquants abandonnés à eux-mêmes à Manille, les enfants soldats en Afrique et au Moyen-Orient … Des millions de jeunes qui sont exploités, qui souffrent de la misère et des guerres.

Suivant les époques, les jouets ont toujours existé. En Égypte, 2300 ans avant notre ère, les filles jouaient avec des poupées, les garçons avec des petits animaux sculptés. En Grèce et à Rome, ils reçoivent à la naissance, des crécelles ou des hochets sonores, objets investis d’un rôle magique, puisque le bruit est censé écarter les esprits malfaisants.

JOUETS ÉGYPTIENS

UN CRÉPITACULA (HOCHET) EN TERRE CUITE, UN DES PLUS VIEUX JOUETS DU MONDE

 

Charlemagne a-t-il inventé l’école ? Image d’Épinal où l’on voit l’empereur à la barbe fleurie, un mythe valorisé par la IIIème République. Charlemagne n’avait pas de barbe et ne savait pas écrire. Éginhard, son biographe nous relate cela. La fameuse signature de Charlemagne que l’on trouve sur des parchemins est en fait réalisée avec ce que nous nommons « normographe » de nos jours. En effet, un moine a réalisé sur une petite plaque de métal des évidements que Charlemagne n’avait qu’à suivre avec sa plume.

SIGNATURE DE CHARLEMAGNE
DU SEIN MATERNEL…AU BÂTON. LES ÉTAPES DE L’ENFANCE AU MOYEN-ÂGE

Barthélemy, un frère franciscain anglais du XIIIème siècle, dans son ouvrage « Le livre des propriétés des choses » écrit la chose suivante : « Dès la naissance, on doit frotter le palais et les gencives avec du miel, pour nettoyer et pour donner l’appétit par la douceur… Dans les deux années qui suivent, le lait constitue d’abord l’essentiel de l’alimentation de l’enfant… Ce lait est de provenance humaine, qu’il s’agisse de celui de la mère ou, dans la grande majorité des cas, de celui d’une nourrice. Exceptionnellement, si la mère meurt, si l’on ne peut offrir une nourrice à un enfant abandonné, le lait de chèvre remplace le lait humain. Il faut alors un instrument spécial pour nourrir l’enfant. Comme dans l’Antiquité, il s’agit soit d’un cornet, une corne de chèvre finement percée à son extrémité, soit un pot de céramique ».

BIBERON DU MOYEN-ÂGE

À partir du XIIIème siècle, l’enfance prend une importance plus grande dans la société. En 1440, le roi d’Angleterre, Henri VI, a 18 ans. Par dévotion envers la Vierge Marie, il décide de fonder à Eton, à l’Ouest de Londres près de son lieu de naissance, un collège. Un maître d’école y formera 25 garçons pauvres. Le collège accueillera aussi 25 garçons infirmes. L’instruction avait une grande importance.

COLLÈGE D’ETON EN 1754 DE GIOVANNI ANTONIO CANAL DIT CANALETTO

Peu avant la fin du XVIIème siècle, Charles Perrault va nourrir l’imaginaire des enfants. Des histoires qui vont traverser le temps : Peau d’âne, La belle au bois dormant, Le Petit chaperon rouge, Barbe bleue, le Chat botté, Riquet à la houppe, Cendrillon …

CHARLES PERRAULT
LE PETIT CHAPERON ROUGE

Les difficiles débuts d’une presse pour enfants.

En juillet 1768, est créé le Journal d’Éducation. C’est le premier journal qui s’adresse à la jeunesse. La vente au numéro n’existait pas, le prix était assez élevé et donc la presse pour enfants pendant tout le XIXème siècle, restera un phénomène de riche.

Au début du XXème siècle, les magazines ont plus d’illustrations. La Semaine de Zuzette paraît en 1904, puis Bécassine en 1905. Ensuite ce sera l’Épatant en 1907 avec les Pieds Nickelés, avec un tirage de 450 000 exemplaires. Entre les deux guerres, ce sera le règne des « comics », le journal de Mickey en 1934, Spirou en 1938. Tintin n’arrivera qu’en 1949.

Il y avait aussi des histoires pour faire peur. Le géant mangeur d’enfants, l’ogre.

Moins gai, les enfants soldats.

Par lettres patentes du 7 avril 1764, le roi Louis XV transforme le vieux collège des Jésuites de La Flèche en un établissement préparatoire à l’École militaire. 250 jeunes enfants des 8 à 11 ans vont être formés pour devenir officier.

Dans une de ces écoles, un certain Napoléon Bonaparte va devenir célèbre. Le futur empereur était un pur produit de l’éducation militaire de l’Ancien Régime

À BRIENNE NAPOLÉON DIRIGE UNE BATAILLE DE BOULES DE NEIGE

Il y aura plein d’histoire sur de jeunes héros.

Les enfants au travail dans les filatures, dans les mines, dans les usines, dans des conditions épouvantables. Il faut se rappeler qu’il y a à peine un siècle et demi, le monde du travail était comparable à de l’esclavage. L’ère industrielle va provoquer de grands changements dans la société, il faut de la main d’œuvre  en masse, on embauche des enfants de six ans.

Une journée de travail débute très tôt le matin et dure longtemps. Jusqu’en 1841. Elle est la même pour les hommes, les femmes et les enfants. Ils quittent leur domicile vers quatre heures du matin et ne rentrent qu’après une journée de 18 à19 heures de travail et de trajets. Six jours par semaine, à l’exception de Noël, du jour de l’An, de l’Ascension et de la Toussaint et pas de congés.

Pendant longtemps, jusqu’en 1880, les enfants ont travaillé dans les mines. Leur petite taille leur permettait de se glisser dans les galeries les plus étroites. Ils poussaient des wagonnets remplis de charbon, au risque de se faire écraser.

Avaient-ils le temps de jouer à la poupée ou avec un cerceau ? Se sont ces clichés qui provoqueront un changement concernant le travail des enfants.

La tuberculose est un véritable fléau à la fin du XVIIIème siècle. Cette maladie était connue sous le nom de « peste blanche » et il n’y avait aucun remède. En 1882, le docteur Robert Koch a mis en évidence le bacille tuberculeux. Il faut trouver un vaccin contre cette maladie, ce sera l’aventure et le travail de deux scientifique français, Albert Calmette et Camille Guérin. En 1921, après 230 passages de culture du BCG (Bacille de Calmette et Guérin), ils obtiennent un vaccin utilisable chez l’homme. Les élèves des écoles se souviennent de la vaccination.

 

Contre les maladies infantiles, il y aura aussi les vaccins contre la rougeole, la rubéole, les oreillons et le tétanos.

En 1836, le roi Louis-Philippe inaugure à Paris la Petite Roquette, une maison de correction destinée aux mineurs de 8 à 20 ans. Ses principes d’éducation sont le travail industriel, le silence et la solitude absolus.

L’ENFANCE COUPABLE DESSIN DE B. NAUDIN 1908

Levé à 5 heures du matin en été, 06h30 en hiver. L’enfant y travaille en moyenne 9 heures par jour. Le dimanche est jour de repos, l’enfant va à la messe. Puis des livres lui sont prêtés pour la journée. En semaine, deux heures par jour, le détenu a école, l’instituteur se place à l’extrémité d’un couloir de 34 cellules et fait la classe de façon aveugle

Sur les registres de La Roquette figurent des suicides âgés de 12 ans

L’ISOLEMENT

 Un Allemand invente l’école maternelle : le jardin d’enfants.

En 1836, Friedrich Fröbel ouvre un kindergarden (jardin d’enfants). C’est la première école, un lieu où l’on joue, chante et écoute des histoires, sans qu’il soit question d’apprendre à lire.

Cet homme né à la fin du siècle des Lumières et qui inventa le terme de « Jardin d’enfants », a passé sa vie à chercher le bon système d’éducation pour les enfants.

« Le jeu n’est pas une chose frivole pour l’enfant mais une chose de profonde signification ». Aussi, Fröbel crée des jeux, conçus pour développer les facultés élémentaires de l’enfant.

UNE ÉCOLE MATERNELLE À LA FIN DU XIXème SIÈCLE (DE W. GEOFFROY)

Les garderies d’enfants.

Firmin Marbeau, adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris, fonde en 1844 Le Petit Palais des Enfants, à Challot. C’est en fait une garderie dans un local propre, éclairé et d’une pieuse éducation. En effet, se sont des sœurs de Saint Vincent de Paul qui y officient. Les bébés ont entre quinze jours et trois ans, la plupart des petits sont les enfants des blanchisseuses du quartier. Une crèche avant l’heure.

Le 15 mars 1862, un décret de Napoléon III accélère la création des garderies. Pour la première fois des secours d’État sont mis en place pour aider les parents pauvres. 30 établissements de ce type existent à Paris fin 1879 et 142 autres en province.

LES ENFANTS ET LES TEMPS MODERNES

En 1876, Hermann Bion, pasteur zurichois, décide d’envoyer passer à la montagne 68 enfants chétifs, issus de familles pauvres, afin de leur faire retrouver la santé. L’épopée des colonies de vacances commence.

En France, 25 000 enfants en bénéficient au début du XXème siècle, puis 100 000 en 1913, 500 000 en 1936. Il faudra attendre la fin de la Seconde guerre mondiale pour que se généralisent en France les colonies de vacances. Dans la seconde moitié du XXème siècle, pendant l’année scolaire, apparaissent les « classes vertes », les « classes des neiges » et les « classe de mer ».

 

 

« LES JOLIES COLONIES DE VACANCES » (Pierre Perret)

 

À l’automne 1903, le président des États-Unis Theodore Roosevelt, dit « Teddy » refuse lors d’une chasse à l’ours de tirer sur un ourson. Ce refus, croqué par un dessinateur de presse, va inspirer un fabricant de jouets. Ce dernier va créer le fameux Teddy Bear, l’ours en peluche.

MON PREMIER COPAIN

    

CÉLÈBRE À LA TÉLÉ
WINNIE L’OURSON INVENTÉ EN 1926 PAR WALT DISNEY

1936

Les congés payés ouvrent de nouveaux horizons. En juillet 1936, en plein époque du Front Populaire, des trains bondés emportent les familles vers la mer. Des milliers d’enfants découvrent les bienfaits des bains de mer jusqu’à là réservés aux gens aisés.

BAINS DE MER … UN PLAISIR INCONNU JUSQU’ALORS

1959

LE TRIOMPHE DE LA COUCHE-CULOTTE

En 1959, l’ingénieur Vic Mills, chercheur de la firme Procter et Gamble, (USA) après trois années de recherches et quelques échecs, trouve enfin la solution. Le change des bébés, en plastic et coton destiné à être jeté. Un gigantesque marché s’ouvre, pour le bonheur des industriels et pour celui des mamans. Les pédiatres conseillent aux mamans de ne pas brusquer l’apprentissage de la propreté. La commandes muscles du sphincter ne s’acquiert  que fort tard d’après les spécialistes, il est inutile de contraindre un enfant à être propre, alors qu’il n’est pas physiquement capable. C’est le triomphe de la couche-culotte.

Un autre bouleversement arrive dans le quotidien du bébé ; l’incontournable « petit pot ». Au XXème siècle, la commercialisation d’aliments tout préparés pour les petits enfants est une révolution aussi importante que pour les « couches-culottes ».

Les premiers « baby food » sont apparus au États-Unis en 1927. Mais c’est le conditionnement sous verre qui, à partir de 1962 a permis le développement du marché :   2 200 tonnes en 1962, 33 400 tonnes en 1978.

Il y a eu du pour et du contre. Pour : gain de temps pour les mamans, sécurité alimentaire. Contre : un taux de sucre très élevé, modification du goût des aliments, présentation sous forme de purée, ce qui gêne l’apprentissage de la mastication ; enfin, le prix de vente élevé.

LES JOUETS QUI ONT TRAVERSÉ LE SIÈCLE

Depuis 1959, la poupée Barbie, avec ses 29 cm, ses seins haut perché et ses cheveux platine, fait rêver les petites filles. 100 millions d’exemplaires sont vendu chaque année dans le monde, ce qui fait 3 poupées par seconde.

 

Elle a permis à des générations d’enfants de se faire les dents. Elle a fait son apparition dans les années 1950, produite par la société Delacoste. Souple et légère, la girafe a été spécialement fabriquée pour les touts petits.

Si tous les personnages de la famille Playmobil se donnaient la main, ils feraient deux fois le tour de la terre. Environ 900 millions de petits personnages et des milliards d’accessoires ont été vendus dans le monde.

Franck Hornby dépose un brevet en 1901 sous le nom de « Mechanics Made Easy » qui deviendra Meccano. Le principe est d’utiliser des pièces à combinaisons multiples grâce à leurs rangées de perforations équidistantes.

En 1947, le Danois Gotdfred Christiansen dépose la marque Lego, contraction de led godt (bien jouer). À partir de briques de couleur  qui s’imbriquent les unes dans les autres, l’enfant peut construire selon son imagination.

JEUDI EST MORT, VIVE MERCREDI !

Au début de l’enseignement primaire pour tous, la question du jeudi sans cours ne posait pas de problème. Ce jour de l’enseignement laïque chômé est une concession faite par l’école républicaine aux « curés » préoccupés par la formation religieuse. L’école sans dieu, de cinq jours sur sept laisse la place au catéchisme le jeudi matin et aux activités de patronages l’après-midi. À ce moment-là, pas de problème de garderie. Cela va changer au cours de la seconde moitié du XXème siècle.

De plus en plus de femmes travaillent et ne peuvent se libérer le mercredi, ce sont des étudiants qui s’improvisent baby-sitter. Souvent, l’enfant est laissé à lui-même (l’enfant « à la clé »), collé le nez au poste de télévision, ou errant sans surveillance dans les espaces bétonnés de la ville. Alors, enfants et adolescents se retrouvent entre copains, en bande, hors de tout contrôle par les adultes.

Le 17 mai 1972 paraît au Journal officiel un arrêté du ministère de l’Éducation nationale qui, par souci d’équilibrer l’emploi du temps des élèves, transfère la coupure du jeudi au mercredi. C’est désormais le mercredi que les parents auront à résoudre le problème de la garde de leurs petits.

À partir de 1993, éclate une terrible polémique, la vidéomania.

C’est un marché considérable, en France 75 % des jeunes de moins de 15 ans possèdent une console. C’est un grand danger. Outre les dangers physiques provoqués par l’usage abusif des jeux vidéo, le jeune s’isole de la société, trouve un refuge dans un univers totalement artificiel et bien souvent d’une violence extrême. « Mortal Kombat » par exemple, présente des combats de rue dans lequel le joueur arrive à arracher le cœur de ses ennemis, voire le décapiter. Dans « Custer’s revenge », le héros (général Custer) viole une jeune indienne et la victime loin de se plaindre, sourit à son agresseur. C’est la violence et l’abêtissement garanti du jeune joueur. Comment s’étonner de la violence des jeunes de nos jours.

Le 13 septembre 1982, le Parlement européen adopte une résolution contre le développement des armes jouets. Le texte de l’Assemblée de Strasbourg recommande que l’on diminue progressivement la production et la vente des jouets guerriers pour leur substituer des jouets constructifs.