Le bouclier est le moyen de protection le plus ancien. Il est connu depuis l’époque sumérienne au IIIème siècle av. J.C. et sera utilisé en Occident jusqu’au XVIIème siècle quand les armes à feu se généraliseront, rendant le bouclier obsolète.
À la même époque, IIIème siècle av.J.C. les Gaulois maîtrisaient la technique compliquée
d’extraction du fer. Les forgerons fabriquaient des clous, couteaux, ciseaux, haches casques épées… et fabriquaient des cottes de maille. Innovation Gauloise qui fait penser au gilet pare-balles actuel.
L’âge de bronze a marqué le début d’une nouvelle ère pour la protection corporelle avec le développement à base de métal. Cuirasses et casques en bronze offraient une meilleur défense, mais au détriment de la mobilité en raison de leur poids. Le Moyen
Âge a connu l’apogée de l’armure, où les chevaliers vêtus d’armure d’acier sont devenus des figures emblématiques. Ces armures offraient une protection inégalée et mettaient en valeur l’art de l’artisanat.
La période de la Renaissance a apporté de nouveaux défis pour la protection des combattants avec l’apparition des armes à feu. Ce qui a conduit à la création des premiers gilets pare-balles au XVIème siècle. C’est le début de la course au développement de la protection capable de résister aux armes à feu. Le prolongement moderne des armures se trouve dans les gilets pare-balles.
Le 25 février 1881, George E. Goodfellow, médecin et naturaliste américain, assistait à un duel aux pistolets entre deux hommes. En examinant l’un d’eux, il découvrit que le mouchoir en soie plié dans la poche avait ralenti la balle qui l’avait touché. Il extrait la balle intacte de la blessure avec deux épaisseurs de soie enroulées autour.
Vers la fin du XIXème siècle, à Chicago, un prêtre polonais du nom de Casimir Zeglen va utiliser la découverte de Goodfellow, pour développer l’un des premiers gilets pare-balles. Le gilet fait de plis de soie d’une épaisseur d’environ 10 à 12 mm pouvant arrêter les balles tirées par des armes de poing à poudre noire. Trop chère, le gilet coûtait dans les 800 dollars US de l’époque.
Un tissu semblable protégeant la voiture du roi et de son épouse, mis au point par l’inventeur Jan Szczepanik avec Casimir Zeglen en 1901, sauva la vie d’Alphonse XIII d’Espagne lors d’une attaque à la bombe en 1906.
Le 28 juin 1914, François Ferdinand, l’archiduc d’Autriche, possédait une de ces vestes, mais ne la portait pas lors de son assassinat à Sarajevo. Elle n’aurait pas sauvé l’archiduc, la balle de 32 acp tirée par Gavrilo Princip l’a atteint au cou.

PARE-BALLES FRANÇAIS
Français, Allemands et Américains, durant la Première guerre mondiale, vont développer plusieurs types de protection. C’était plutôt des armures fabriquées avec du nickel, du chrome et d’acier. Lourd et encombrants (18 kg), ces plastrons étaient basés sur une armure du XVème siècle. En 1918, un modèle fait d’acier en écailles attachées à une doublure en cuir pesant 5 kg fut aussi développé par les Américains.

PARE-BALLES AMÉRICAIN
ALLEMAND
En 1923 un Américain du nom de Leo Krause, dépose un brevet pour un gilet pare-balles en tissu contenant des plaques de duralium et permettant d’arrêter les balles de pistolet. Un matelassage en soie de Chine était également dans la composition du gilet, devant et derrière les poches contenant les plaques métalliques. Il n’hésitait pas à se faire prendre en photo avec son gilet et se faisait tirer dessus pour faire la promotion de son gilet.

Cette disposition déforme un peu la balle, ce qui diminue son pouvoir de pénétration. Bien que les gilets pare-balles empêchent les projectiles de pénétrer l’organisme, ce dernier absorbe malgré tout l’énergie déployée par la balle, ce qui peut causer des traumatismes internes. Même si la plupart du temps on s’en sort avec un bleu, l’impact peut causer de graves blessures, telles qu’une hémorragie interne, des déchirures au niveau des tissus ou encore des fractures des côtes.
Au début des années 1930, des groupes criminels des États-Unis commencèrent à porter des vêtements rembourrés de coton. Ces gilets pouvaient absorber des munitions d’armes de poing comme le 22 long rifle, 32 S&W, 380 ACP, et le 45 ACP, munitions approchant les 300 m/s. Les services de police et le FBI se dotèrent alors d’une arme plus puissante, le 357 Magnum.
Américains Japonais et Soviétiques vont développer de nombreux types de gilets, plus ou moins lourds et efficaces. Les gilets de la guerre du Viet Nam utilisèrent différentes combinaisons de nylon, de nouvelles céramiques capables de bloquer les balles de fusil, et de fibre de verre.

GILET PARE-BALLES US GUERRE DU VIET NAM. POIDS 4,5 kg
En 1968, l’ « American Body Armor » est fondé et produit une combinaison de nylon recouverte de plusieurs plaquettes d’acier. Ce type de gilet fut vendu par la compagnie d’arme à feu Smith&Wesson, sous le nom de « Barrier vest » pour les forces de police.
Au milieu des années 1970, DuPont Corporation introduit la fibre synthétique de Kevlar, qui initialement était conçue pour renforcer les pneumatiques. Le National Institute of Justice va soumettre ce nouveau matériel à de nombreux testes pour vérifier si le Kevlar pouvait arrêter les balles. Ce rapport sera favorable, une bonne protection, légère, confortable, ce gilet sera porté par la police de façon régulière.
En 1975, Richard A. ARMELLINO, le fondateur d’American Body Armor, commercialise le premier gilet pare-balles entièrement fait de Kevlar, nommé K-15, comprenant 15 couches ainsi qu’une plaque d’acier de 5 » X 8 » au niveau du cœur. Ce type de plaque est encore utilisé de nos jours, afin de diminuer les traumatismes au niveau des organes internes et du sternum.
En 1976, Richard Davis, le fondateur de Second Chance Body Armor, développe le premier gilet pare-balles entièrement fait de Kevlar, nommé « Model Y », la légèreté de ce gilet va convaincre la police des USA qui porteront ce gilet de manière régulière. Plus de 2000 policiers ont vu leur vie sauvée par leur équipement.
Entre 2017 et 2019, l’armée de Terre française a reçu plus de 30 000 exemplaires d’un nouveau gilet de combat de type SMBE (Structure Modulaire Balistique Electronique) en remplacement des gilets de protection balistique (GPB) ainsi que des gilets électroniques (GE) jusqu’alors en dotation.

Doté de plaques blindées et d’un matelas anti-traumatisme, ce gilet de type SMBE offre une protection balistique de classe 4 contre les munitions perforantes et à « haute vélocité ». Il est également efficace contre les armes blanches. Un autre point fort est son ergonomie, pensée pour optimiser la mobilité du soldat.
En 2022, le CIEC (Centre Interarmées du Soutien équipements commissariat) présenta son projet de gilet G3P à Satory.

LE CIEC PRÉSENTE SON PROJET G3P À SATORY © CIEC
Ce gilet permet une protection balistique contre les munitions perforantes, il permet aussi de moduler sa protection par rapport à la menace présente sur le théâtre d’opération, soit en rajoutant une plaque plus légère pour améliorer sa mobilité, soit ajouter des plaques de classe 4 pour obtenir une protection complète contre les tirs de sniper.

AVEC LE GILET PARE-BALLES MODULABLE
Grâce aux retours d’expérience des soldats sur le terrain, une version améliorée arrive dans les unités de combat. 62 unités seront équipées à 100 % au premier semestre 2022, avec la livraison de 5 900 gilets SMB. Sac d’hydratation, porte-chargeur de fusil HK 416, poche de délestage, modification de la protection du cou et des poches porte-grenade, grille de protection avant-arrière, mousquetons … La modularité de la SMB est démultipliée pour s’adapter encore plus aux besoins du soldat.
La nouvelle génération d’équipements dont est dotée l’armée de Terre avec le programme Scorpion rend le combattant plus mobile, plus performant, adaptable à tous types de missions.
Un grand bravo pour cette évolution. Entre 1969 et 1972, j’ai eu l’honneur de servir à la 6ème Compagnie Parachutiste d’Infanterie de Marine, au Tchad. Durant cette période nous avons eu 26 morts et près de 60 blessés au combat. Combien de mes camarades auraient pu être sauvé avec ces équipements ?

