1919, LES TROUPES FRANÇAISES EN UKRAINE CONTRE LE BOLCHÉVISME

Alors que la France et ses alliés acculent l’Empire allemand à l’armistice, le gouvernement français a le projet d’une intervention en Ukraine et en Crimée, alors appelée Russie du Sud,  pour secourir les troupes anti-bolchéviques.

La guerre s’achève à l’ouest, l’armée d’Orient poursuit le combat sur la Dniestr, où des bataillons de Tirailleurs sénégalais affrontent avec succès des troupes de l’armée rouge de Trotski.

Viscéralement anti-bolchévique, Georges Clémenceau avait lancé, fin 1918, une importante opération en mer Noire pour soutenir les Russes blancs contre les révolutionnaires d’octobre. Ce sera un échec au printemps 1919, avec une vague de mutineries de l’escadre de la mer Noire.

A l’Est, la Révolution de 1917 avait encouragé de nombreux groupes ethniques de l’Empire russe à plus autonomie. Ce fut le cas pour l’Ukraine qui va créer la République socialiste soviétique d’Ukraine (1917-1921), gouvernée par une « Tsentralna Rada » (Conseil central).

En lançant l’offensive Kerenski à l’été 1917, qui fut la dernière offensive militaire russe de cette guerre. Alexandre Kerenski, alors ministre de la Guerre russe, espérait qu’une victoire russe permettrait de regagner la faveur du peuple et restaurer le moral des troupes. Ce fut le contraire qui se produisit. La discipline au sein de l’armée russe avait baissé depuis l’abdication de Nicolas II, les officiers n’étaient plus en mesure de commander et les « comités de soldats » avaient pris une importance démesurée. De nombreux soldats et officiers déserteurs, en particulier les Ukrainiens de souche, avaient perdu confiance dans l’avenir de l’Empire. Dans le Donbass, de fréquentes grèves de syndicats infiltrés par les bolcheviks, ruinaient l’économie. La défaite des Russes en 1917, par la contre-attaque des Allemands a provoqué la désintégration de l’armée et de l’appareil gouvernemental dans tout le vaste empire russe.

Tous ces évènements ont conduit à la Révolution d’Octobre. Le soulèvement de Kiev en novembre 1917, a conduit à la défaite des forces russes dans la capitale. Aussitôt, la Rada centrale a pris le pouvoir à Kiev, tandis que les bolcheviks vont créer une république ukrainienne rivale à Kharkov, initialement appelée « République populaire ukrainienne ». Les hostilités entre Kiev et Kharkov ont commencé immédiatement. Le 22 janvier 1918, Kiev déclare son indépendance et va rompre ses liens avec la Russie. Il faut remarquer que l’Ukraine disposait d’une armée limitée alors que Kharkov recevait hommes et matériels de la République soviétique de Russie.

A partir de ce moment-là, la majeure partie de l’Ukraine est conquise par l’armée Rouge, ce qui entraîne la création de la R.S.S. d’Ukraine (République socialiste soviétique d’Ukraine). Pendant ce temps-là, la Pologne s’empare d’une grande partie de l’Ukraine occidentale (1917/21). L’Allemagne est encore présente en Ukraine jusqu’en 1918. En 1918 également, il y a une confrontation entre la République soviétique d’Odessa et la Moldavie, ainsi qu’avec la Roumanie. En 1919, la France et la Grèce interviennent contre la République soviétique de Donetsk-Krivoï Rog. C’est dans cet imbroglio que la France met sur pied une expédition vers l’Ukraine, terrestre, mais principalement maritime.

LE PREMIER DRAPEAU DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE UKRAINIENNE (FIN 1917-MARS 1918)

LE DRAPEAU DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE UKRAINIENNE DES SOVIETS DE KHARKOV 1918

ARMOIRIES DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE D’UKRAINE 1917-1921

Sur le plan politique, dès le 23 décembre 1917, une convention franco-anglaise prévoyait des zones d’influences. Pour la France, la Bessarabie, l’Ukraine et la Crimée. Ceci pour empêcher les soviets d’occuper le vide créé par le départ des Allemands. Clemenceau propose un plan général pour l’isolement économique du bolchevisme en Russie en vue de provoquer sa chute. Les directives prévoient le soutien aux gouvernements locaux. Ordre est donné d’occuper les ports pour étouffer l’économie soviétique par un cordon sanitaire, et d’isoler l’Europe face aux idées révolutionnaires. Mais ceci n’est qu’un vœu pieu.

Plusieurs mois après la victoire contre le IIème Reich, pour les troupes terrestres et la marine, c’est l’épuisement général. De plus, cette nouvelle campagne, loin de la Mère Patrie, est difficilement admise par les soldats et marins qui avaient l’espoir de rentrer rapidement dans leurs foyers.

Pour l’armée de terre, le 4 février, le 58ème R.I. refuse de se battre à Tiraspol, (qu’ils occupaient), sur l’autre rive du Dniestr. Le 8 mars, deux compagnies du 176ème R.I. s’opposent à un ordre d’attaque à Kherson. Le 5 avril, même refus du 19ème R.A. à Odessa où des sapeurs du 7ème Génie fraternisent avec des bolcheviks.

Du 10 au 30 avril, se sera les grandes mutineries des marins. En Roumanie, à Galatz, le chef mécanicien André Marty tente de s’emparer du Torpilleur Protêt, d’enfermer les officiers et de rallier les bolcheviks. Il est arrêté le 16 avril. Sur le croiseur France, le 17 avril, des protestations éclatent, quatre matelots sont enfermés, mais deux jours plus tard, l’équipage les libère et exige le retour à Toulon. Le 20, le drapeau rouge est hissé sur le France, le Jean Bart et la Justice, au chant de l’Internationale. Le calme revient au cours des jours suivants. Le Jean Bart et le France regagnent Toulon.

Une nouvelle mutinerie éclate le 25 sur le Waldeck-Rousseau devant Odessa. Les mutins demandent la libération de Marty et le retour en France. Dans les jours suivants, tous les navires de la mer Noire rentrent en France.

CUIRASSÉ WALDECK-ROUSSEAU

CUIRASSÉ FRANCE

CUIRASSÉ JEAN BART

CUIRASSÉ JUSTICE

Pour comprendre les décisions du gouvernement français, surtout de Clémenceau, il faut se  rappeler de l’accord secret entre la Grande-Bretagne et la France de décembre 1917, qui réservait à la France, les côtes septentrionales de la mer Noire et de la mer d’Azov comme zone d’influence. Sans doute que Clémenceau espérait sauver l’épargne française investie dans les chantiers navals de Nikolaïev et les mines du Donetz. Le gouvernement français craignait aussi l’extension de l’idéologie de la révolution communiste.

Comment la France pouvait-elle envisager d’endiguer un mouvement révolutionnaire d’une telle ampleur, avec quelques divisions squelettiques d’une armée lassée par une guerre longue et meurtrière, qui ne songeait qu’à être démobilisée.

La presse française a été assez discrète à ce moment-là, après l’euphorie de la victoire de 1918, parler de mutineries …