APRÈS JUIN 1940, LE GÉNÉRAL DE GAULLE NE PORTERA PLUS SES DÉCORATIONS.

Lorsque la Première guerre mondiale éclate, Charles de Gaulle va connaître son premier baptême du feu comme lieutenant le 15 août 1914. Le 18 janvier 1915, quelques jours avant sa promotion au grade de capitaine, Charles de Gaulle fait l’objet d’une citation à l’ordre de la division pour avoir « exécuté une série de reconnaissance des positions ennemis dans des conditions périlleuses et rapporté des renseignements précieux ». Toutefois, il faut attendre la loi du 2 avril 1915 pour qu’il arbore sa première décoration.

Le 7 mai 1916, Charles de Gaulle est à nouveau cité à l’ordre de l’armée pour avoir vaillamment défendu le village de Douaumont face à un assaut allemand le 2 mars 1916. À l’occasion de cet assaut, il est blessé d’un coup de baïonnette allemande à la cuisse avant d’être capturé. Cet évènement pendant la bataille de Verdun vaudra à Charles de Gaulle une nouvelle citation à l’ordre de l’armée. Cette citation accompagne sa nomination au grade de chevalier de la Légion d’Honneur, le 23 juillet 1919.

Interné en Allemagne jusqu’à la fin du conflit, il essaie à cinq reprises de s’évader, en vain. Il obtiendra en octobre 1927, la médaille des évadés et une troisième palme à sa croix de guerre 1914-1918.

Après la conférence de paix de Paris en 1919, est créée, sous l’impulsion du maréchal Foch, une médaille commémorative interalliée de la guerre. Ayant commandé la 1ère section de la 11ème compagnie du 33ème R.I. du 2 août 1914 au 2 mars 1916, avant d’être fait prisonnier, le capitaine de Gaulle se voit naturellement attribuer cette médaille.

Pour avoir été blessé, Charles de Gaulle reçut naturellement la médaille des blessés.

Durant l’entre-deux-guerres, il s’engage dans une nouvelle campagne militaire en Pologne qui recouvre son indépendance. La France voyait dans cette campagne un moyen d’affaiblir l’Allemagne et de contenir les bolchéviques. Au cours de ces 18 mois passés en Pologne (en 2 séjours) Charles de Gaulle gagne une citation à l’ordre de l’armée, une décoration de la Russie du Sud et deux décorations polonaises.

Une citation à l’ordre de l’armée, palme sur la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs (T.O.E.), récemment instaurée par la loi du 30 avril 1921 ; Une décoration de la Russie du Sud de 3ème classe de l’ordre de Sainte-Anne de Russie. Ensuite, deux décorations polonaises ; 5ème classe de l’ordre du Virtuti Militari (nomination du 26 janvier 1922) et de l’ordre du Polonia Restituta (nomination du 14 mars 1923).

À son retour en France, le capitaine de Gaulle est chargé de cours d’histoire à l’École de Saint-Cyr, avant son admission à l’École de guerre.

Promu chef de bataillon le 25 septembre 1927, il prend le commandement du 19ème bataillon de chasseurs à pied (B.P.C.) à Trèves (Allemagne).

En novembre 1929, il est affecté à l’État-major des Troupes du Levant à Beyrouth, responsable des 2ème et 3ème bureau (renseignement militaire et opérations).

Après deux années passées au Levant, le chef de bataillon de Gaulle se voit décerner la médaille d’honneur de 2ème classe de l’ordre du Mérite syrien par arrêté du 17 février 1932.

Charles de Gaulle au Liban en 1930, avec son épouse Yvonne.

Proposé au grade d’officier de la Légion d’Honneur dès 1929, il lui faudra attendre le 19 décembre 1934 pour être promu.

Quand la Seconde guerre mondiale éclate, le colonel de Gaulle commande alors le 507ème régiment de char de combat de Metz. Ayant jusqu’alors particulièrement théorisé l’utilisation de l’arme blindée, il ne se fait guère d’illusion quant à l’issue du conflit face aux forces allemandes et à leur doctrine de percée. Il sait que l’usage coordonné des blindés et de l’aviation (blitzkrieg) sera redoutable pour l’armée française. Pour autant, le colonel de Gaulle, à la tête de la 4ème division cuirassée mène courageusement les combats de Montcornet, Crécy-sur-Serre et Abbeville. Ses actions lui valent sa nomination au grade de général à titre temporaire (1er juin 1940) et d’être cité à l’ordre de l’armée. La croix de guerre 1939-1945, avec palme, lui sera remise en juin 1946.

Le 5 juin 1940, Charles de Gaulle est nommé par Paul Reynaud sous-secrétaire d’État à la Défense et à la Guerre. Sa carrière militaire prend un tournant politique.  Il a pour mission de coordonner l’action avec le Royaume-Uni, pour la poursuite de la guerre. Le 9 juin, il rencontre Winston Churchill, Premier ministre du Royaume –Uni.

Le gouvernement de Paul Reynaud avec Charles de Gaulle, sous-secrétaire d’État à la Défense et à la Guerre, en juin 1940.

Pourtant, 11 jours après sa nomination, Charles de Gaulle quitte le gouvernement après la démission de Paul Reynaud, remplacé par le maréchal Pétain qui demande l’armistice.

Au lendemain de son appel de Londres, le 18 juin 1940, le général de Gaulle est considéré comme traître et déserteur. Le général Weygand annule sa promotion au grade de général à titre temporaire et le président de la République, Albert Lebrun, émet un décret mettant le colonel de Gaulle à la retraite. Il est également décidé de le traduire devant un conseil de guerre, qui le condamne à 4 ans de prison et à la déchéance de sa nationalité française. Il est aussi exclu de l’ordre de la Légion d’Honneur.

En rejoignant Londres le 17  juin 1940, le général de Gaulle va quitter sa posture militaire pour adopter celle du politique à la tête de la « France Libre ». Il adopte ainsi, dès juillet 1940, la posture du chef politique s’adressant à tous les Français.

Après le ralliement de l’Afrique équatoriale à la France Libre, le général de Gaulle cesse de porter ses décorations pour les remplacer sur sa vareuse par les insignes des Forces Françaises Libres, avec comme emblème la croix de Lorraine, proposée par l’amiral Muselier.

A ce moment-là, ses décorations sont les suivantes :

Officier de la Légion d’Honneur, croix de guerre 14/18 avec 4 citations, croix de guerre des TOE avec 1 citation, médaille des évadés, insigne des blessés de guerre, médaille commémorative interalliée, médaille de Verdun, ordre de Sainte-Anne de Russie, ordre polonais du Virtuti Militari, ordre polonais du Polonia Restutita et médaille d’honneur du mérite syrien.

Le 16 novembre 1940, le général de Gaulle crée l’Ordre de la Libération destiné à « récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se sont signalées dans l’œuvre de la libération de la France et de son empire », reprenant comme insigne la croix de Lorraine, et dont le premier chancelier fut l’amiral d’Argenlieu. Très attaché à cet ordre, Charles de Gaule reçut le collier de Grand Maître le 31 août 1947. C’est ce collier qu’il décida de porter pour sa photographie officielle de président de la République en 1958alors que le protocole lui commandait de porter le grand collier de la Légion d’Honneur.

Dans un processus d’unification de la Résistance et pour assoir sa légitimité, Charles de Gaulle va créer le 9 février 1943, la médaille de la Résistance française pour « reconnaître les actes remarquables de foi et de courage qui, en France, dans l’Empire et à l’étranger, auront contribué à la résistance du peuple français contre l’ennemi et contre ses complices depuis le 18 juin 1940 ».

Par la suite, estimant que sa carrière militaire s’était achevée le 18 juin 1940, il refusa systématiquement toute promotion de grade et ne porta jamais les insignes de Grand-croix de la Légion d’Honneur à sa boutonnière. Il en fut de même pour les décorations étrangères.

Alors pourquoi le général de Gaulle ne porta plus ses décorations à partir de l’été 1940 ? Alors qu’il créa 2 ordres, une décoration et en réforma 20 autres. Plusieurs hypothèses se dessinent :

Tout d’abord, son opposition au maréchal Pétain et au régime de Vichy. N’oublions pas qu’il fut rétrogradé colonel, déchu de la nationalité française et exclu de la Légion d’Honneur. Charles de Gaulle se montra donc prudent avec les décorations, n’ayant pas la légitimité pour récompenser ses soldats avec des décorations existantes. C’est une des raisons qui le poussent à créer l’Ordre de la Libération.

Enfin, à compter de juin 1940, le général de Gaulle devient un homme politique. S’il continue à garder l’uniforme, il entre pleinement dans la fonction de chef de l’État. À ce titre, en février 1946, le cabinet du ministre des armées avait prévu de régulariser la situation du « colonel en retraite ». Il devait être progressivement promu a posteriori, jusqu’au grade de général d’armée (1er décembre 1942) et à la dignité de Grand-croix de la Légion d’Honneur (15 août 1944). La médaille militaire devait lui être conférée le 8 mai 1945. Ayant été alerté de ce projet, le général de Gaulle refusa vigoureusement.

Quelques années plus tard, dans ses dernières volontés, « l’homme de Londres » déclare refuser toute distinction, promotion, dignité, décoration, qu’elle  soit française ou étrangère.

Ce choix fut respecté.

Merci à la Grande chancellerie de la Légion d’honneur et au Musée de la Libération pour ses travaux de recherche sur les décorations de général de Gaulle.