LE 5ème BCCP EN INDOCHINE

L’Indochine : une guerre perdue politiquement mais un pays d’innombrables exploits militaires et particulièrement par les troupes aéroportées, ces soldats d’élite à qui les États-majors demandaient l’impossible, ce qui fut souvent fait avec brio, courage et sacrifices.

Sous les ordres du C.B. Grall, le 5° B.C.C.P. embarque sur le « Pasteur » le 5 juin 1948, pour débarquer le 25 du même mois à Saïgon. Le bataillon est dirigé sur Thu Duc et Di An (Cochinchine).

Dès le 7 juillet, le bataillon est engagé dans une opération aéroportée (Caibe) à proximité du canal de Nhon Ninh. Premier bilan : 15 prisonniers et 25 V.M. tués. Puis le 17 juillet, opération aéroportée dans la région de Phuoc An avec le 2° B.C.C.P. Violente réaction Viet, le capitaine Heiblig est tué dès son arrivée au sol par une balle de F.M.

Du 19 au 29 juillet : le G.C.3 est en opération de nettoyage dans la région de Xuan Loc Giaray.

Du 30 juillet au 5 août : opération « Tortue », G.C.3 parachuté, G.C.1 débarqué.

Du 13 août au 16 août : deux G.C. du 5° B.C.C.P., répartis en trois détachements, sautent directement sur Ba Thu et Giong Dinh. (op. Dragon).

Du 16 août au 19 août, le G.C.2 fait mouvement sur Tourane, nouvelle base du 5° B.C.C.P. suivi du G.C.1 le 25 août.

A partir de ce moment-là, le bataillon ne pourra plus bénéficier des avions et c’est à pied qu’il va être engagé jusqu’au mois de mai 1949 dans de multiples opérations. Les opérations « Annick », « Marie- Madeleine », « Jacques I et II », « Geneviève I et II », et bien d’autres qui coûteront au bataillon 13 tués et une trentaine de blessés. Les parachutistes font la preuve de leur valeur en tant que fantassins d’élite.

Du 21 au 27 août, G.C.2 en opération de nettoyage et de dégagement dans le secteur de Hué. Le G.C.1 rejoint en opération. Poursuite du dégagement de Hué jusqu’au 7 septembre.

Du 10 au 14 septembre, G.C .3 en opération de nettoyage dans la région de Bien Hoa et Ba Ria (Cochinchine).

Du 16 au 25 septembre, G.C.1 opération « Oscar II » dans le secteur de Quang Tri.

Le 5 novembre un commando du G.C.1 fouille le massif du col des Nuages et tombe dans une embuscade. 5 tués.

Du 8 au 14 novembre, le G.C.3 fait mouvement sur Tourane.

Du 21 novembre au 5 décembre. G.C.2  en opération dans le secteur de Hué (Bang Lang).

Du 28 novembre au 13 avril 1949, le G.C.1 est détaché au secteur de Dong Hoï.

Du 25 novembre au 3 décembre. G.C.1 opération « Annick ».

Le 10 décembre. G.C.1 opération « Marie-Madeleine ».

Du 13 au 15 décembre . G.C.2 opération côte 428 (secteur Tourane).

Du 19 au 23 décembre. G.C.1 opération « Jacques I » (région de Troc). Destructions et raids.

Du 23 au 25 décembre. G.C.2 opération de nettoyage de la presqu’île du Cap Tourane.

Du 28 au 31 décembre. G.C.2. opération secteur de Quang Tri.

J’ai volontairement repris le journal de marche du 5° B.C.C.P. , de cette année 1948, pour mettre en évidence le rythme incroyable des opérations qui était imposé aux unités parachutistes pendant la guerre d’Indochine. Le 5° n’est pas un cas unique, d’autres unités aéroportées se sont illustrées sur cette lointaine terre d’Asie ; mais cette belle unité est un condensé des combats difficiles, de l’efficacité des parachutistes, de la rapidité d’analyse à une situation donnée et de la compétence de leurs chefs.

24 février 1950 : Le G.C.2 et le G.C.3 sautent sur le poste de Nghia Do pour le dégager. 6 tués et 10 blessés.

Cette opération mérite une relation plus détaillée pour montrer dans quelles conditions les valeureux bataillons parachutistes étaient employés.

Le 23 février 1950, le poste de Nghia Do est assailli. Nghia Do se trouve en pays Thaï, c’est un petit village situé à environ 80 km. au sud-est de Lao Kay, sur le fleuve rouge.

Dans une petite clairière, au milieu d’une épaisse forêt, un poste tenu par la 5° compagnie du bataillon Thaï N° 2 et une cinquantaine de partisans. L’ensemble est encadré par 25 européens.

Depuis quelques jours le poste de Phu Lu est tombé ; la liaison avec Lao Kay est rompue et la garnison de Nghia Do sait que l’attaque Viet est pour bientôt. Les Viets fourmillent à proximité du poste creusant des tranchées d’approches. Ils disposent de quatre bataillons d’infanterie et d’un bataillon d’artillerie. Le 23 février, ils ne sont plus qu’à 300 mètres du poste. L’attaque se déclenche.

Très rapidement le poste est en difficulté ; trois obus de 75 détruisent le seul canon de 3,7 pouces du poste, qui, construit en bois, commence à brûler. La garnison repousse néanmoins le premier assaut Viet. Par radio, le chef de poste demande de l’aide à Lao Kay. Mais ce poste est à quatre jours de marche à travers une forêt épaisse, au milieu des Viets. Seul une opération aéroportée audacieuse peut dégager le poste.

Le 24 février, le jour se lève sur un spectacle désolant. Le poste est entièrement détruit, dans les tranchées où la garnison s’est réfugiée, les hommes sont épuisés par 24 heures de tension et de combat. La radio ne fonctionne plus.

L’Etat-major à Hanoï fait décoller un avion de reconnaissance, mais le plafond trop bas ne permet aucune observation. A 10 heures, les Viets relancent une attaque avec l’appui de l’artillerie. De nouveau ils sont repoussés. A la même heure le commandement décide d’une opération aéroportée pour dégager le poste. Alors qu’il faut plusieurs heures, voire plusieurs jours pour préparer une telle opération, le C.B. Romains-Desfossés est prévenu deux heures avant le décollage.

Le 5° B.C.C.P. est renforcé par le G.C.2 du 3° B.C.C.P. de retour d’opération cinq jours plutôt. Le G.C.2 du 3° , au repos, est dispersé dans Hanoï, l’armement est en réparation, l’habillement neuf est à percevoir…Petit à petit, les parachutistes sont rassemblés et équipés. Le C.B. Romains-Desfossés connaît sa mission mais ignore le lieu de parachutage. Un nouvel avion part…et revient bredouille, le plafond est toujours aussi bas. Le départ est repoussé à 14 heures.

Le briefing a lieu sous les ailes des avions, sur le terrain de Bach Mai. On attend le retour d’un nouvel avion de reconnaissance. Les parachutistes embarquent néanmoins.

Le C.B. Romains-Desfossés connaît bien le poste de Nghia Do et sa région. Il estime qu’il y a deux solutions : ou bien le poste tient toujours et il faut sauter dans les rizières pour prendre les Viets à revers, ou bien le poste est tombé et les survivants éventuels tentent de se replier sur Pa Kha, à 50 km au nord ; il faut dans ce deuxième cas de figure, sauter sur ce village.

Enfin, à 14 heures 30, l’avion de reconnaissance annonce une ouverture dans le « plafond ». Son compte-rendu est peu engageant : le poste brûle et ses soutes ont sauté, mais des panneaux de demandes de vivres et de munitions sont visibles. Les crêtes autour du poste sont tenues par les Viets. Aucun signe de vie.

Le C.B. Romains-Desfossés prend sa décision, le saut se fera sur le terrain du Morane, c’est-à-dire pratiquement sur le poste. Il embarque dans l’avion leader et demande aux pilotes quelques instants pour donner les ordres, mais le temps presse et les aviateurs refusent ; ils veulent larguer avant la nuit. Le commandant aperçoit alors le capitaine Nguyen Van Vy  du 3° B.C.C.P. venu simplement saluer ses camarades. Il le charge de transmettre ses ordres en courant d’avion en avion, portant son message à chaque chef de stick : « Abandonner les parachutes dès l’arrivée au sol puis attaquer immédiatement les crêtes qui se trouvent sur le côté opposé de la rivière bordant le terrain du Morane ».

Le décollage a enfin lieu par vagues de trois avions chaque quart d’heure, avec un largage en deux passages. Premier passage : le G.C.1, le P.C. du bataillon et le G.C.2. Deuxième passage : le G.C.3 du 3° B.C.C.P. Il est 15 heures.

Le mauvais temps persiste, les pilotes ne peuvent se repérer correctement. Plusieurs avions se perdent. Dans l’avion leader retentit le signal d’accrochage des S.O.A. Soudain, le commandant se rend compte que le JU 52 se trouve au-dessus de Pa Kha, il n’a que le temps d’arrêter le P.C. de sauter. Finalement, les avions parviennent au-dessus de Nghia Do mais dans un ordre totalement inverse de celui qui était prévu. Il est 16 heures 20 quand les assiégés voient les coupoles des premiers parachutes. Le largage se poursuit deux heures durant. Au début du largage, deux avions de chasse parviennent à percer la couche de nuages et à mitrailler les Viets. Ceux-ci se reprennent bientôt et tirent sur les parachutistes (8 avions sur 25 sont atteints), à 18 heures 45 le parachutage est terminé.

Les parachutistes se rendent très vite maîtres du terrain. Les Viets sont pris entre deux feux car la garnison est sortie pour contre-attaquer vers le nord. Action payante ; dans les tranchées creusées au pied du poste, 64 V.M. s’entassent pêle-mêle. A la tombée de la nuit, les Viets qui ont cédé un peu de terrain ont perdu 300 hommes.

A l’intérieur du poste, le médecin lieutenant Mirtin et l’assistante sociale Geneviève Grall donnent les premiers soins aux blessés, il ne reste qu’un tiers de survivants (14 tués, 21 blessés depuis la veille).

Le lendemain, les Viets attaquent de nouveau, mais cette fois de l’autre côté de la rivière. Les groupes du lieutenant Leroy (G.C.2 du 3°B.C.C.P.) et du lieutenant Florentin (G.C.3 du 5° B.C.C.P.), traversent la rivière sous le feu ennemi et parviennent à les repousser dans la forêt. Au fusil à lunette, le lieutenant Leroy, à 150 mètres, abat les servants d’une mitrailleuse. La chasse refait son apparition, et vers 16 heures les Viets décrochent.

Après le nettoyage du secteur, le 10 mars, le 5° B.C.C.P. se met en route vers Pa Kha. Il lui faudra deux jours pour parcourir les quelques 50 km.

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Au cours de mes 28 années de service, j’ai entendu des histoires extraordinaires que les Anciens d’Indochine ou d’Algérie nous racontaient. Celle-ci est à mes yeux l’exemple type de l’emploi des parachutistes, même si les techniques d’emploi et l’armement sont très différents aujourd’hui, l’esprit demeure. Jeune parachutiste, au 1° R.P.I.Ma, mon premier chef de corps fut le colonel Florentin. En fin de carrière au C.M. 15 de Castres, nous avions la garde du fanion du 5° B.C.C.P. et j’ai eu le privilège de pouvoir parler de cette belle unité avec un acteur de cette aventure, le commandant Tomasi, et avec le colonel Romains-Desfossée par courrier.

Beaucoup d’unités parachutistes ont disparu dans la tourmente, certaines ont survécu et sont encore présentes sur les théâtres d’opérations du monde entier (ou presque). Il ne faut pas oublier ces unités qui ont fait notre renommée et la gloire des parachutistes. C’est un petit salut aux Anciens.

 

 

Dans le port de Saïgon
il est une jonque chinoise
Mystérieuse et sournoise
Dont nul ne connaît le nom.
Et le soir dans l’entrepont,
Quand la nuit se fait complice
Les Européens se glissent
Cherchant des coussins profonds.

Refrain

Opium, poison de rêve
Fumée qui monte au ciel,
C’est toi qui nous élève
Au paradis artificiel.
je vois le doux visage
Les yeux de mon aimée,
Parfois j’ai son image
Dans un nuage de fumée.

Et le soir au port falot
Les lanternes qui se voilent
Semblent de petites étoiles
Qui scintillent tour à tour.
Et parfois dans leur extase
Au gré de la fumée grise,
Le fumeur se représente
Ses plus beaux rêves d’amour.

Puisqu’on dit que le bonheur
N’existe pas sur la terre,
Puisse l’aile de nos chimères
Un jour nous porter ailleurs
Au paradis enchanteur
Plein de merveilleux mensonges
Où dans l’ivresse de mes songes
J’ai laissé prendre mon coeur.

Musique et Paroles de Charlys et Paroles de Guy d’Abzac – 1931

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Sources :

J.M.O. 5°B.C.C.P. (SHAT Vincennes)

Histoire des Parachutistes Français (œuvre collective)