IL ÉTAIT UNE FOIS… LES BOLLÉE, HOMMES DE LÉGENDE,

PATRIMOINE AUTOMOBILE ET INDUSTRIEL DE LA SARTHE, DE 1814 À 1924.

Un gène, en génétique, est une unité de base d’hérédité comme le défini, en 1909, Wilhem Johansen. Cela est largement démontré avec la famille Bollée, car sur plusieurs générations cette famille a fourni à la France, des inventeurs et des industriels dans plusieurs domaines comme l’automobile, l’éolienne ou les fonderies de cloches.

Ernest Sylvain Bollée est né le 19 juillet 1814, à Clefmont en Haute-Marne. Il est mort le 10 septembre 1891 au Mans. C’est un fondeur de cloches itinérant d’une famille de saintiers depuis 1715. Itinérant pour une question pratique, une cloche de plusieurs tonnes fabriquée sur place règle le problème du transport.

Il s’installe d’abord à La Flèche, dans la Sarthe, en 1839, puis à Sainte-Croix (fait partie aujourd’hui du Mans). Il construit ensuite un four, rue Sainte-Hélène, qui fut allumé pour la première fois en novembre 1842.

Il va diversifier son entreprise en fabriquant de la robinetterie, des canalisations, des pompes, des béliers hydraulique (découverte de Joseph de Montgolfier).

Nous sommes en plein développement industriel au cours de la seconde moitié du XIX° siècle. Les approvisionnements en eau deviennent plus importants et les normes de puretés plus strictes. Ernest Sylvain Bollée invente l’éolienne et dépose un brevet en 1868, il a 56 ans. Ce fut certainement lui, en déposant son brevet, qui utilisa pour la première fois le mot « éolienne ». Ce système de pompage va être commercialisé à partit de 1874 dans 44 départements français (plus de 200) ainsi qu’au Royaume-Uni et en Belgique.

L’horloge solaire est une réalisation d’Ernest Sylvain Bollée et de son fils Amédée. XIX° siècle, époque où l’heure locale donnée par les horloges, remplace l’heure solaire donnée par les cadrans solaires. Ce n’est pas un succès commercial et on ignore combien d’exemplaires ont été produit. En 1882, Ernest offre à la ville du Mans le premier exemplaire pour une mise en place au jardin des Jacobins. En 1912, son fils Amédée offre à la société d’horticulture du Mans une deuxième horloge qui sera installée au jardin des plantes. L’horloge d’Asnières-sur-Vègre (château du Moulin-Vieux) est le troisième exemplaire. En 1980, l’horloge du jardin des Jacobins sera déplacée dans le square Robert-Triger, elle sera remise en état en 2000.

L’archiprêtre Jean-François Metge de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan entre prend des négociations avec les fonderies Ernest Sylvain Bollée en 1877. Il a un objectif, doter sa cathédrale d’un carillon pour convoquer les chrétiens à la prière et accompagner les grands évènements de la vie.

Carillon dit « à coups de poing »

Un devis daté du 7 juin 1877 arrêta définitivement le marché pour 16 cloches couvrant 2 octaves, avec bourdon en Ré de 1,757 kg et pour un poids total de 6,408 kg de bronze. Mais, le fils Amédée, avait une idée ; présenter un carillon à l’Exposition universelle de Paris de 1878. Il compléta  le carillon de 2 octaves dans l’aigu ainsi qu’un clavier récemment breveté.

L’Exposition universelle de Paris de 1878 eut un énorme succès. 52 835 exposants vont occuper 800 000 m² et 16 100 000 visiteurs enthousiastes viendront arpenter les allées de l’exposition installée sur le Champ-de-Mars. Tous les jours, à 14 h et à 16 h, des milliers de personnes viendront écouter le remarquable concert des carillons Bollée. Le carillon prendra place dans son intégralité à Perpignan avec ses 46 cloches et son clavier breveté. Entre la fin de l’exposition et l’installation définitive de l’instrument, il aura fallu attendre six ans, dans un premier temps pour réunir l’argent et ensuite pour terminer la couverture du toit du clocher pour que le carillon soit à l’abri des intempéries. Les cloches ont été bénites le 2 mai 1880, après les vêpres par Monseigneur Émile Caraguel.

Amédée Bollée (père) est le fils d’Ernest-Sylvain Bollée, fondeur de cloches installé au Mans depuis 1842. Ce dernier va créer trois entreprises, qu’il cède à ses trois fils, Amédée, Ernest et Auguste. L’entreprise d’Auguste fabriquait des éoliennes.

Amédée (père) fabrique sa première voiture en 1873, « L’Obéissante ». C’est une voiture à vapeur, remarquablement silencieuse, très maniable et disposant déjà de la plupart des solutions mécaniques de l’automobile du futur. C’est le premier véhicule automobile pour particuliers (le mot « automobile », « qui se meut par soi-même » apparaît pour la première fois dans les travaux de l’Académie française en 1875, ce nouveau mot était alors du genre masculin.

L’Obéissante

Le 9 octobre 1875, Amédée va parcourir en 18 heures, la distance du Mans à Paris, soit 250 km. À cette époque, la réglementation ne prévoyait pas la circulation de voitures sans chevaux et Amédée se voit sanctionné de 75 procès-verbaux. L’intervention du préfet de police de Paris va mettre fin à cette mésaventure.

En 1878, il conçoit  « la Mancelle ». Cette voiture est la première voiture construite en série, une cinquantaine d’exemplaires seront fabriqués et vendus.

La « Mancelle »

En 1880, il construit une des toutes premières conduites intérieures, la « Nouvelle ».

La « Nouvelle »

En 1881, il construit « La rapide ». Cette voiture est la première à dépasser la vitesse de 60 km/h.

La « Rapide »

Amédée Bollée fils, constructeur d’automobiles, coureur automobile et inventeur, né au Mans le 30 janvier 1867, décédé au Mans le 13 décembre 1926. Comme son père Amédée et son frère Léon, se sont des figures de l’automobile.

En 1896, Amédée Bollée fils fabrique sa première voiture à essence et s’aligne au départ de la course Paris-Marseille-Paris. Il s’alignera aussi pour la course Paris-Amsterdam-Paris avec sa voiture aérodynamique « le Torpilleur » avec une carrosserie en aluminium.

Course Paris-Amsterdam-Paris. Le Torpilleur Type B d’Amédée Bollée

En 1899, c’est le premier tour de France automobile. Amédée fils met au point une voiture de course révolutionnaire avec un moteur monobloc à quatre cylindres de 20 cv. Elle atteint 90 km/h sur les routes empierrées de l’époque. La voiture pilotée par de Castelnau arrivera 5ème.

De 1900 à 1923, il se lance dans la construction de voitures de série haut de gamme (cinquante par an) et met au point un système de rattrapage automatique du jeu de soupapes encore utilisé de nos jours. À partir de 1923, il se spécialise dans la fabrication de segments pour les pistons, cette société existe toujours, c’est la plus ancienne société spécialisée du monde.

Léon Bollée est le second fils d’Amédée Bollée. Son frère aîné s’appelait également Amédée, les deux seront constructeurs automobiles.

Il est né le 1er avril 1870 au Mans, décédé le 16 décembre 1913 à Neuilly-sur-Seine.

À 14 ans, inventeur précoce, il va se faire connaître avec son invention, le vélocipède nautique, sorte de pédalo.

Le vélocipède nautique de Léon Bollée.

En 1889, pour venir en aide à son père fondeur de cloches, afin d’éviter les erreurs de calcul que requiert la fabrication des cloches, le jeune Léon invente et réalise une calculatrice mécanique révolutionnaire de 3 000 pièces. Cette invention aura un premier prix à l’Exposition universelle de Paris en 1889.

Calculatrice à multiplication directe.

Il invente également d’autres instruments de calcul comme le « tableau multiplicateur/diviseur ».

En 1896, Léon Bollée va commercialiser un véhicule à trois roues, équipé de pneumatiques, ce qui est nouveau. Le moteur a été réalisé par son frère Amédée. Il baptise son engin d’un mot de son invention « voiturette » et en dépose le nom. La place avant du passager fit surnommer la « voiturette » : « la tue belle-mère ».

La « Tue belle-mère ».

Le 14 novembre 1896, il participe à la première course automobile Londres-Brighton. Léon Bollée est vainqueur avec sa voiturette. Son frère Camille qui pilote un engin identique, arrive second. Deux plus tard, en avril 1898, Léon gagne le Critérium des Motocycle en France.

En 1903, il va produire sa première grosse voiture. Réputée pour ses qualités, la marque Bollée va connaître rapidement le succès.

En 1907, avec quelques amis, ils créent  l’Aéro-club de la Sarthe. L’année suivante, à l’occasion de la visite en France des frères Wright, Léon Bollée invite Wilbur Wright au Mans. Il lui trouvera un terrain pour ses essais (hippodrome des Hunaudières), puis, de juin 1908 à janvier 1909, au camp militaire d’Auvours.

Léon Bollée (au volant) sortie d’usine avec des éléments de l’avion de W. Wright

Détail du monument érigé à la mémoire de Wilbur Wright

Léon Bollée, malade du cœur, est mort prématurément à 43 ans, le 16 avril 1913. Après son décès, sa veuve continue la production automobile et la marque est finalement rachetée, en 1922, par la firme anglaise Morris. La production débutera en 1925 avec des véhicules équipés de moteur Hotchkiss, mais la production s’arrêtera en 1928 suite à la mévente des modèles. Morris ferme définitivement au Mans en 1931.

Statue commémorative de Léon Bollée. Les deux ouvriers, sans doute en bronze, ont été fondus par les Allemands.

Camille Bollée (1874-1940), c’est le plus jeune des frères. Il ne sera pas en reste pour des inventions. En 1920, il met au point une mallette portable pour développer des films en l’absence de chambre noire.

La mallette. Cliché Bollée 1920

En 1930, Camille Bollée réalisera un système de fontaine lumineuse à éclairage électrique. La fontaine se trouvait devant l’entrée de la gare du Mans.

Plan d’une fontaine lumineuse.

La famille Bollée, par son génie inventif hors du commun, a écrit une fabuleuse histoire.