LES FRANÇAIS À MEMEL – 1920 -1923

Fin février 2022, 250 hommes du 27ème Bataillon de chasseurs alpins partent pour la Roumanie, suite à l’insécurité de la région. Nos chasseurs sont habitués à ce genre de déplacement et de mission. En effet, à la fin de la Première guerre mondiale, l’article 99 du Traité de Versailles, obligeait l’Empire allemand de renoncer à la partie Nord-est de la Prusse orientale, dite territoire de Memel. L’inconvénient, c’est que le Traité ne précisait pas à qui ce territoire allait revenir.

Le 15 février 1920, le général Dominique Odry (1865-1962), dont le titre exact est « Général représentant les puissances alliées » reçoit les pouvoirs du commissaire allemand, le comte Lambsdorf. Dès le 13 février 1920, le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied (et non pas Alpins comme il est souvent écrit à tort) arrive par voie ferroviaire afin d’assurer le maintien de l’ordre. Pendant trois ans, cet épisode oublié, a conduit une mission administrative et un bataillon de chasseurs à pied à séjournée dans cet avant-poste de la Prusse au-delà du Niémen, entre février 1920 et février 1923. Ce territoire de Memel qui fait partie aujourd’hui de la République de Lituanie, porte le nom de Klaipėda.

La mission de Memel est d’assurer la responsabilité de l’administration du Territoire sous statut international. À ce titre, elle est rattachée à la Conférence des Ambassadeurs des puissances victorieuses et n’a donc rien à voir avec un mandat de la Société des Nations.

LE GÉNÉRAL ODRY ET SON ÉTAT-MAJOR.

Pour les questions militaires, la mission de Memel est rattachée au Comité Militaire Allié de Versailles, présidée par le maréchal Foch. Mais bientôt, une prise en main du pouvoir administratif par le civil prendra le pas sur le militaire. Le 1er mai 1921, le général Odry est rappelé en France, et le préfet Petisné devient « Haut-commissaire Allié ».

La Lituanie qui avait des vues sur le territoire de Memel, s’impatiente et la situation politique s’envenime à l’automne 1922. Pendant ce temps-là, les consultations organisées par la Conférence des Ambassadeurs traînent en longueur. La situation va dégénérer début janvier 1923. Des « irréguliers » en fait des Lituaniens, se massent à la frontière et marchent sur Memel, depuis le territoire Lituanien. Cette troupe de 1 400 hommes, est commandée par le colonel Jonas Povolinska-Budrys. Des combats ont lieu dans les faubourgs de Memel, puis autour de Haut-commissariat, 12 Lituaniens, 2 Français et 2 civils sont tués. Un cessez-le-feu est signé le 16 janvier. Une commission extraordinaire est envoyée par la Conférence des Ambassadeurs qui est rapidement convaincu de la nécessité d’évacuer le territoire et, de toute façon, les Alliés avaient décidé à transférer rapidement la souveraineté du territoire à la Lituanie. Après d’intenses négociations, le gouvernement insurgé démissionne et un nouveau gouvernement est intronisé le 15 février. Le 19 février, le 21ème BCP et le personnel du Haut-commissariat quittent Memel à bord du croiseur « Voltaire ». Débarqué à Cherbourg le 1er mars 1923, le bataillon rejoindra sa garnison de Gérardmer avant d’être dissous.