LA MÉDAILLE DE SAINTE-HÉLÈNE

CAMPAGNES DE 1792 à 1815

À SES COMPAGNONS DE GLOIRE SA DERNIÈRE PENSÉE.

SAINTE-HÉLÈNE LE 5 MAI 1821

Conçu et rédigé par Jacky HEIM

SH page 3 Austerlitz

2 décembre 1805 : LA BATAILLE D’AUSTERLITZ

Au soir de la bataille, le général Rapp présente à Napoléon les drapeaux pris à l’ennemi. Tableau de Gérard. Versailles

« La bataille d’Austerlitz est la plus belle de toutes celles que j’ai données… Jamais champ de bataille ne fut plus horrible. Puisse tant de malheur retomber enfin sur les perfides insulaires qui en sont la cause ! »

 

Après la glorieuse bataille d’Austerlitz, Napoléon 1er s’adresse à ses soldats :

SH page 1 Grognard« Je suis content de vous. Vous avez justifié tous ce que

j’attendais de votre intrépidité. Une armée de 100 000

hommes, commandée par les empereurs de Russie et d’Autriche,

a été, en moins de quatre heures, ou coupée ou dispersée. Ce qui

a échappé à votre fer, s’est noyé dans les lacs. Soldats ! Lorsque

tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité

de notre patrie, sera accompli, je vous ramènerai en France, vous

serez l’objet de ma plus tendre sollicitude ; mon peuple vous

reverra avec joie, il vous suffira de dire : « J’étais à la bataille

d’Austerlitz ! » pour que l’on réponde : « Voilà un brave ! ».

 

Prisonnier des Anglais depuis cinq années sur l’île de Sainte-Hélène, l’Empereur Napoléon 1er se meurt. Il n’est plus que l’ombre de lui-même. A partir de la mi-mars 1821, il ne quittera pratiquement plus son lit ; il sait que sa fin est proche. Le 15 avril suivant, il commence la rédaction de son testament ; un testament en trois parties. La troisième partie est un acte de reconnaissance vers ses vieux soldats qui avaient combattu à ses côtés, en Egypte et dans toute l’Europe. Voici ce qu’il écrit : « Je lègue mon domaine privé, moitié aux officiers et soldats qui restent de l’armée française qui ont combattu depuis 1792 à 1815 pour la gloire et l’indépendance de la nation ; la répartition en sera faite au prorata des appointements d’activités ; moitié aux villes et campagnes d’Alsace, de Lorraine, de Franche-Comté, de Bourgogne, de l’Ile-de-France, de Champagne, Forez, Dauphiné qui auraient souffert par l’une ou l’autre invasion. Il sera de cette somme prélevé un million pour la ville de Brienne, et un million pour celle de Méry. J’institue les comtes Montholon, Bertrand et Marchand mes exécuteurs testamentaires. »

Ce que Napoléon 1er semblait ignorer, c’est que le 5 août 1818, une ordonnance royale prise par Louis XVIII, le privait de ses biens au profit du Trésor royal. Le 5 mai 1821, Napoléon 1er meurt.

A la lecture du testament, on constatera la grande générosité et la reconnaissance qu’avait l’Empereur à l’égard de ses compagnons de gloire. Estimé à deux cent millions de francs la valeur de ses biens privés, Napoléon 1er a fait ce qu’aucun autre chef d’Etat n’avait seulement imaginé ; il lègue cette immense fortune à ses vieux soldats ! Mais les exécuteurs testamentaires ne pourront rien contre l’ordonnance royale de 1818. Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir du Prince Louis Napoléon Bonaparte, élu Président de la République le 10 décembre 1848, pour que les anciens soldats de l’Empire, dont beaucoup étaient dans la misère, puissent recevoir une aide. Le désir du Prince Président était « de venir au secours de la vieillesse et de la misère du soldat de nos armées de la République et de l’Empire ». Une commission, créée le 25 février 1850, présidée par le Grand Chancelier de la Légion d’Honneur, devait examiner les rapports de 11 033 demandes qui avaient été fournis par les préfets.

Le 14 décembre 1851, un crédit de deux millions sept cent mille francs était ouvert pour le règlement des secours annuels viagers dans les conditions fixées par la commission et qui concernaient l’âge, la durée des services, le nombre de blessures. Trois groupes d’âge avaient été retenus et une allocation déterminée pour chacun de ces groupes.

  • 640 octogénaires recevraient annuellement 220 francs.
  • 4022 septuagénaires, 200 francs.
  • 6360 sexagénaires, 160 francs.

La durée des services avait été fractionnée en quatre périodes donnant droit au supplément suivant :

  • 75 francs aux 595, ayant 20 ans ou plus de service
  • 60 francs aux 748, ayant plus de 16 ans de service
  • 50 francs aux 2216, ayant moins de 12 ans de service
  • 40 francs aux 7474, ayant moins de 12 ans de service mais plus de 8 ans de service.

Le nombre de blessures ajoutait une allocation supplémentaire :

  • 30 francs aux 159, blessés six fois ou plus
  • 25 francs aux 414, blessés quatre ou cinq fois
  • 20 francs aux 2680, blessés deux ou trois fois
  • 15 francs aux 4516, blessés une fois.

Le secours minimum de 160 francs était accordé aux anciens militaires sexagénaires ayant accompli une durée de service inférieure à huit années.

Le secours maximum de 325 francs était accordé à un octogénaire totalisant plus de vingt années de service et ayant été blessé au moins six fois.

L’attribution de ces secours viagers n’avait concerné qu’un nombre limité d’anciens combattants de la Révolution et de l’Empire. Arrivé sur le trône impérial, le neveu de Napoléon 1ier , Napoléon III, décide d’honorer la parole que son illustre ancêtre. Le 12 août 1857, un décret signé à Saint-Cloud, institue la Médaille de Sainte-Hélène. « J’ai voulu qu’une médaille vienne rappeler à tous ceux qui avaient servi dans nos armées, la dernière pensée de leur chef ». Trente-six ans après la disparition du Grand Empereur, la plus ancienne médaille commémorative de notre armée, voyait le jour.

La gravure en fut confiée à M. Barre, Graveur-général des Monnaies. La médaille, de 33 mm, en bronze, est soutenue par un ruban vert doté de cinq rayures verticales rouges. Elle est entourée d’une couronne de lauriers et surmontée de la couronne impériale. A l’avers, le profil de Napoléon 1er et au revers l’inscription suivante :

Campagnes de 1792 à 1815

A ses compagnons de gloire sa dernière pensée

Ste Hélène 5 mai 1821

On estime à environ 400 000 le nombre de soldats ayant reçu cette décoration (France et étranger*). La première remise de médailles avait eu lieu le 15 août 1857. Jérôme Bonaparte (âgé de 75 ans), les maréchaux Vaillant, Magnan, Pelissier, Baraguay d’Hillier, l’amiral Amelin sont parmi les premiers médaillés. Le chiffre officiel des récipiendaires n’est pas connu ; toutes les archives concernant les décorations conférées sous le Second Empire et enregistrées à la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur, ont été entièrement détruites dans l’incendie de l’Hôtel de Salm les 23 et 24 mai 1871.

* : Sur environ 400 000 médailles attribuées, figurent près de 20 000 étrangers appartenant à 32 nations.

SH page 2 Avis Bis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans toute la France, les préfets chargent les maires des communes de recenser les militaires français qui ont servi et combattu sous nos drapeaux, de 1792 à 1815. Sur pièces justificatives ; livret militaire, déclaration sur l’honneur, témoignages… environ 400 000 soldats ont reçu cette décoration (dont 20 000 étrangers appartenant à 32 nations).

Ci-contre, une affiche placardée à cette occasion sur les murs de la ville de Metz.

  SH page 2 Avis et MédailleLa médaille était dans une boîte en carton recouverte de papier blanc glacé, sur le couvercle apparaît un aigle couronné et l’inscription :

« AUX COMPAGNONS DE GLOIRE DE NAPOLÉON 1er. » Décret impérial du 12 août 1857

SH page 9 diplome

La médaille de Sainte-Hélène était accompagnée d’un diplôme, de 29 cm x 19 cm, au centre duquel se trouve le dessin du recto de la décoration. Le diplôme indique le nom et les prénoms, le grade du titulaire et l’unité dans laquelle il a servi. Il porte le timbre sec de la Grande Chancellerie de l’ordre de la Légion d’Honneur et la signature du Grand Chancelier.

SH page 10 récépisséRécépissé que devait signer chaque destinataire de la médaille de Sainte-Hélène.

 

LA GRANDE ARMÉE.

La légende d’une machine de guerre.

Contrairement aux idées reçues, sous le Premier Empire il y eut deux « Grandes Armées ». La première fut créée au Camp de Boulogne, le 13 août 1805, en vue de l’invasion de l’Angleterre. Mais, le désastre de Trafalgar et l’anéantissement de la flotte française en décidèrent autrement. Néanmoins, cette armée qui comportait au départ 7 Corps d’armées (les fameux « sept torrents »), va bientôt s’illustrer lors des campagnes de 1805, 1806 et 1807.

Bonaparte, favorisé par une situation inattendue, la Révolution française (1789-1799), et par l’ampleur du phénomène, va être portée vers le pouvoir. Promu général, puis commandant en chef de l’armée d’Italie, et enfin Premier Consul, son premier souci sera de structurer son armée. En effet, la Révolution avait dû faire appel au peuple pour réunir une armée dans l’urgence afin de « défendre la Patrie en danger ». Une armée misérable, composée de paysans et de bourgeois inexpérimentés. Au fur et à mesure des victoires et des défaites, les fameux « Sans-culottes » ont appris par eux-mêmes le métier des armes, certains vont devenir officiers, ils vont transmettre leur savoir à d’autres soldats qui eux-mêmes vont devenir des vétérans. Si bien qu’en 1794, les ennemis de la France connaissent désastre sur désastre et, chose incroyable, ils sont contraints de se battre sur leurs propres terres. C’est avec ces soldats que Bonaparte va créer la « Grande Armée » qui va compter parmi les plus remarquables réalisations issues de la réflexion de celui qui va devenir Empereur.

Son objectif est de maintenir ses effectifs au-delà d’un million d’hommes (dont 100 000 de réserve). Quelques hommes avaient servi sous l’Ancien Régime, un quart avait fait toutes les campagnes de la Révolution, un quart celles du Consulat et près de la moitié étaient des recrues incorporées après Marengo. Les officiers avaient l’expérience de la guerre, les colonels commandant les régiments étaient jeunes, 35 ans en moyenne.

SH page 4 BaionnetteA partir de 1804, l’infanterie, pilier central de l’armée napoléonienne, représentait 1 500 000 hommes, soit 3 hommes sur 4 de l’ensemble des forces militaires. A l’intérieur de cette catégorie, on trouve l’infanterie de ligne (900 000 hommes), l’infanterie légère (200 000 hommes), et les grenadiers (300 000). Il faut rajouter 34 000 hommes du Génie et 1 000 espions ainsi que 65 000 hommes de réserve (gardes nationaux, gendarmes, policiers).

L’infanterie de ligne, en grand nombre, se battait en rangs serrés, épaule à épaule ; c’était une masse structurée et disciplinée. Le bataillon était l’élément de base de la manœuvre de l’infanterie. Chaque bataillon était composé de plusieurs compagnies ( 300 à 500 hommes), plusieurs bataillons formaient un régiment et plusieurs régiments composaient une brigade. L’armement principal était le fusil modèle 1777/ an IX, un soldat bien entraîné arrivait à tirer quatre balles en trois minutes. La longévité de cette arme en dit long sur ses qualités ; produite à 2 000 000 d’exemplaires, sa fabrication ne s’arrêtera qu’en 1822. L’infanterie légère était plus spécialisée et élitiste. Leurs fonctions dans les combats étaient l’escarmouche, la reconnaissance et la garde arrière. L’infanterie légère se vantait de tirer la première et la dernière salve dans tout engagement. Les grenadiers, incorporés pour leur haute taille, étaient souvent à l’honneur dans les assauts qui se terminés au corps à corps.

SH page 5 Fusil 1777 et Soldat

La cavalerie demandait le plus d’entraînement ; autant les hommes que les chevaux. Non seulement les cavaliers devaient apprendre à contrôler leurs montures, mais aussi accomplir les différentes manœuvres qu’exigeaient les formations de combats. Les régiments de cavalerie ( 500 à 1000 cavaliers ) étaient composés de plusieurs escadrons. Plusieurs régiments formaient une brigade. On distinguait deux types de cavalerie ; la cavalerie légère et la cavalerie lourde. La majorité des effectifs était dans la « Légère », incluant Hussards, Dragons et Lanciers. Leurs fonctions principales étaient la reconnaissance, la mêlée et la poursuite de l’ennemi en déroute. La charge était réservée à la cavalerie lourde, constituée d’hommes en armures et de chevaux plus lourds et puissants : ce sont les Cuirassiers et les Dragons lourds, portant cuirasses et casques. Ces équipements n’évitaient pas une blessure par balle ou boulet, mais dans les affrontements d’hommes à hommes, ces protections pouvaient dévier un coup de sabre ou de lance. Les cavaliers disposaient d’un pistolet et d’une carabine à courte portée ; mais leur arme principale était le sabre ou la lance. La cavalerie semble très vulnérable face aux armes à feu ; en fait, une charge de cavalerie semait la panique dans les rangs ennemis. Plus rapide que le fantassin, elle taillait en pièces, permettant ainsi de nombreuses captures. La difficulté dans une charge de cavalerie est de garder une bonne cohésion étant donnée que les chevaux les plus rapides avaient tendance à dépasser les autres, la moindre erreur était fatale au régiment voir la brigade. La Grande Armée disposait de 350 000 cavaliers légers (chasseurs, hussards, dragons, lanciers ), et de 200 000 cavaliers lourds ( cuirassiers ). En outre, 40 000 cavaliers occasionnels et 10 000 auxiliaires (palefreniers etc…).

SH page 6 cavalerie

L’artillerie va être réorganisée par Bonaparte, issu lui-même de cette Arme, il va, dès les campagnes d’Égypte, restructurer les unités et l’organisation de l’Arme en partant d’un principe mathématique : 3 canons pour 1000 fantassins. En 1801, le futur Empereur va créer un état-major spécifique pour l’artillerie avec 1 inspecteur général, 7 généraux de division, 12 généraux de brigade pour diriger 8 régiments d’artillerie à pied de 20 compagnies chacun ( l’usage du mot batterie utilisé de nos jours n’avait pas cours ), 6 régiments d’artillerie à cheval de 6 compagnies chacun, 2 bataillons de pontonniers à 8 compagnies, 8 bataillons du train, 1 compagnie à cheval de la Garde consulaire et 15 compagnies d’ouvriers. En 1804, il fera de même pour l’artillerie de marine en mettant sur pied 4 régiments.SH page 7 canon grib

L’artillerie à pied était organisée en régiments de 20 compagnies disposant chacune de 6 canons de 8 et de 2 obusiers de 10. Les compagnies de réserve étaient équipées de canons de 12. Les régiments à cheval, à 6 compagnies chacun, étaient armés suivant le cas, de 6 ou de 4 canons de 4 et de 2 obusiers de 10. Cet ensemble va représenter 40 000 artilleurs, 30 000 obusiers, 20 000 préparateurs, 10 000 auxiliaires (maintenance, transport…). La production de boulets entre 1800 et 1805 sera de 170 000 000 ; lors des engagements, l’artillerie pouvait effectuer 300 000 tirs par jour de campagne.

Jusqu’au Consulat, les canons étaient convoyés par des charretiers civils. Par crainte du danger, ces derniers dételaient les canons hors de portée de l’ennemi. Les artilleurs devaient par conséquent, rejoindre les emplacements de tirs en manœuvrant à la main, bien souvent sous le feu adverse. Pour accroître la mobilité des pièces d’artillerie, Bonaparte va créer, le 13 nîvose an VIII, le Train des équipages, reprenant ainsi l’idée de Monsieur de Gribeauval qui avait imaginé sous l’Ancien Régime la création d’unités militaires de transport.

Canon de campagne de 4 – Calibre : 84 mm – Longueur de la pièce : 1,57 m – Poids du tube : 350 kg – Poids du projectile : 4 livres

Le Génie était un corps sans soldats qui ne disposait pas de forces organiques. Sous l’Ancien Régime, les ingénieurs militaires étaient affectés au sein d’autres armes. Un uniforme spécifique leur sera attribué en 1732 ; bien qu’ayant rang officier, ils ne commandent pas de troupes. En 1754, il est décidé de les rattacher à l’artillerie dont ils feront parti jusqu’au 23 septembre 1790, où, Génie et Artillerie seront séparés. Le 2 brumaire an II ( 23 octobre 1793), les mineurs ( service des mines ) passent sous le commandement des ingénieurs. Ils seront suivis l’année suivante par les sapeurs, provisoirement. Ce sera définitif le 18 vendémiaire an X ( 10 octobre 1801 ). Le même arrêté fixera l’organisation du corps du Génie.

Un état-major de 9 généraux et 374 officiers, 4 bataillons de 9 compagnies de Sapeurs, 6 compagnies de Mineurs, une école d’application du génie et bien entendu, 545 Gardes du génie. En 1813, ce nouveau corps comprendra un effectif de 10 463 hommes. Sans le Génie, la Grande Armée n’aurait pu prétendre à une aussi grande mobilité stratégique. Son rôle de premier plan dans les sièges ou les franchissements des cours d’eau a été essentiel. Avec un effectif de 30 000 hommes à son apogée, le Génie a été de toutes les campagnes.

SH page 8 sextant SH page 8 sapeur

Le corps des sapeurs de la Garde avait un rôle important pour l’ouverture et l’entretien des routes de l’Empire.

 

La plus grande faiblesse de la Grande Armée a été le ravitaillement, ce que nous appelons de nos jours : la logistique. Ce service n’avait pas la mobilité des armées en campagne. De plus, les allers-retours incessants d’un point d’approvisionnement à un point de ravitaillement, toujours plus loin au fur et à mesure de la progression des troupes, étaient un problème incroyablement complexe. Les conséquences se traduisaient par des vols et des pillages dus à la faim, parfois ordonnés par les officiers eux-mêmes pour éviter l’insubordination et les désertions. La campagne de Russie a mis en évidence les problèmes dus aux distances, mais aussi aux climats. Les rudes hivers russes ont rendu impossible les liaisons ce qui a contribué à conduire la Grande Armée dans un gouffre sans précédent.

SH page 9 approvis

Avant Napoléon 1er, aucun régime ne se souciait des blessés aux combats ou du rapatriement des corps. L’Empereur a exigé la formation des chirurgiens militaires pour qu’ils puissent intervenir pendant la bataille, mais aussi après, pour une chirurgie de réparation et des soins dans les hôpitaux militaires. Il faut noter que les blessés ennemis étaient pris en charge, sans doute pour la première fois dans l’histoire. Napoléon va désigner le chirurgien Larrey comme Major-général et d’après ses mémoires et ses estimations, ses services ont sauvé environ 45 000 soldats français et 8 000 européens, entre 1804 et 1814.

SH page 10 service sante

SH page 11 bullletin carteL’Empereur décida d’informer les Français, sur l’ensemble du territoire, par les « Bulletins de la Grande Armée ». Le 7 octobre 1805 paraît le premier bulletin. Il s’agit bien entendu d’exalter sa propre personne et les victoires de son armée en minimisant les pertes. Après la bataille, Napoléon dicte un bulletin qui partira par estafette vers Paris. Le bulletin N°18 sera imprimé à 35 000 exemplaires en une seule journée. Transmis au journal Le Moniteur, il est publié après un délai de quelques jours afin de ne pas fournir de renseignements à l’ennemi. A partit du 28 novembre 1808, le bulletin sera imprimé à Paris comme en province, sous forme de feuillet ou d’affiches grands formats.

SH page 11 bullletin GA Bis

SH page 12 deserteursVa se développer à la même époque, la justice militaire impériale. Au fil des années, la justice militaire va appliquer des textes de plus en plus répressifs, particulièrement à partir des années 18011-1812, les déserteurs et les insoumis devenant nombreux. Un nouveau Code pénal militaire voit le jour dès le début de la Révolution française ; les textes vont se multiplier ainsi que les tribunaux chargés de les appliquer. En 1804, le ministère de la Guerre prévoit une récompense de 12 francs aux douaniers et de 88 francs aux gendarmes et gardes champêtres pour chaque arrestation.

 SH page 12 code penalEn chef de guerre averti, Napoléon va accorder une très grande importance aux renseignements militaires. Jean-Marie Savary sera le personnage clé de ces services très spéciaux. Savary va constituer un bureau des statistiques militaires vers où convergent des informations de toutes natures et en provenances de sources très diverses. La victoire d’Austerlitz a été grandement facilitée par le rôle des renseignements qui ont fourni, au régiment près, l’ordre de bataille de l’ennemi. Les ambassades à l’étranger vont disposer d’un officier; une innovation pour l’époque. Les attachés militaires, vont actualiser en permanence les renseignements sur les effectifs ennemis des différents pays européens. Mais surtout, ils vont fournir une cartographie à l’armée française qui en manquait cruellement. Les « services » parviendront même à dérober des plaques de cuivres d’imprimerie des cartes de Russie qui se révéleront précieuses pour la Grande Armée. Il y a aussi le renseignement direct que fournira la cavalerie légère, ces cavaliers étaient les yeux du commandement.

SH page 13 rens mili

L’ARMEMENT DE LA GRANDE ARMÉE

SH page 14 fusil pistolets Bis

 

SH page 15 sabre briquet

Le légendaire sabre briquet, nom donné par la cavalerie à l’arme des soldats de l’infanterie de ligne. Cette désignation est devenue officielle en 1806.

SH page 15 lance

Lance de cavalerie appelée « lance polonaise » modèle 1807. Manufacture de Klingenthal. (Musée de l’Armée. Paris.)

SH page 15 baionnette 2

«  On peut tout faire avec les baïonnettes, sauf s’asseoir dessus. » Talleyrand

 

Le canon Gribeauval.  

Sous l’Ancien Régime, en 1776, l’ingénieur Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval imagina un système de construction des matériels d’artillerie. Une idée de génie. Il fit des planches de dessins, avec mesures et cotes, afin de normaliser la fabrication des affûts et train de roulage. Il fallait que toutes les pièces rentrant dans la réalisation des matériels soient identiques et interchangeables avec une autre pièce d’artillerie et indifféremment du lieu de fabrication. Ces plans sont conservés à la bibliothèque du Musée de l’Armée à Paris.

SH page 16 plan gribeauval Bis

Napoléon fait l’impasse sur les inventions nouvelles.

Malgré son génie, Napoléon va perdre l’occasion de vaincre l’Europe en refusant de doter son armée de quelques innovations. Homme pressé, une invention qui nécessitait un temps trop important pour sa mise en œuvre, était écartée. Imaginons la Grande Armée, première armée européenne, dont un sixième de son effectif est étranger. En effet, les pays alliés ou dominés par la France, vont fournir des troupes pour toutes les campagnes du Premier Empire. L’exemple le plus frappant est celui de la terrible campagne de Russie où 400 000 hommes vont être engagés…125 000 à peine sont des Français. Nous y trouvons Suisses, Croates, Irlandais, Saxons, Allemands, Hollandais, Italiens, Bavarois, Polonais, Espagnols… La Prusse fournit un corps de 20 000 hommes commandés par Mac Donald, l’Autriche met sur pied un contingent de 30 000 hommes sous les ordres de Schwartzenberg. Les Polonais commandés par Poniatowski sont près de 60 000. Parmi les officiers, 190 généraux étrangers serviront dans la Grande Armée : 35 Allemands, 29 Suisses, 26 Polonais, 25 Hollandais, 19 Belges, 19 Italiens, 13 Irlandais, 6 Portugais, 2 Espagnols, 1 Grec et 1 Danois. On trouvera même 3 généraux d’origine anglaise et 5 d’origine autrichienne ; 3 viendront des Amériques, 2 des U.S.A. et 1 du Venezuela (Miranda). Grand créateur, innovateur en avance sur son temps dans de nombreux domaines, Napoléon va manquer l’occasion de faire de l’Europe le continent phare de la planète. Les Etats-Unis. seraient-ils la puissance économique et politique d’aujourd’hui ? Le Japon aurait-il connu l’énorme développement d’après la Seconde Guerre mondiale (qui n’aurait peut être pas eu lieu). Les guerres de 1914-1918, ou celle plus lointaine de 1870-1871, auraient-elles ravagé nos terres, fait disparaître des générations entières ? Personne ne peut répondre à cette question avec certitude.

Dans le domaine de la communication, l’Empereur, nous l’avons vu avec les Bulletins de la Grande Armée, va informer le peuple des activités guerrières de son armée. Mais son armée ? L’immensité de l’Empire aurait nécessité l’emploi d’innovation comme le télégraphe Chappe par exemple. Le champ de bataille avait ses tambours, canons et fusées pour déclencher une attaque ou un repli. Les estafettes galopaient d’un corps d’armée à un autre pour transmettre les ordres. Ceci prenait beaucoup de temps. Chappe, en reliant 29 grandes villes entres-elles par des signaux optiques, grâce aux 534 stations qui couvraient l’ensemble du territoire, va réussir, en juillet 1794, à faire la distance Paris – Strasbourg en 36 minutes avec un message. Un système mobile de campagne, facilement transportable et à mettre en œuvre, aurait été une véritable révolution dans le domaine de la communication militaire.

SH page 17 télé chappe

Le sous-marin de Robert Fulton.

L’ingénieur-mécanicien Robert Fulton avait proposé au Directoire ( 13 décembre 1797 ), un sous-marin, le « Nautilus », en fer et en cuivre, propulsé par hélice à l’arrière et actionné à la main. L’engin disposait d’un mât rétractable équipé d’une voile pour la navigation en surface. D’une longueur de 6,50 m, largeur 2 m il était capable de plonger à une profondeur d’une dizaine de mètres. Equipé d’une pompe à main permettant d’aspirer l’eau de mer dans un réservoir ( plongée ), puis de la refouler ( remontée en surface ). Un treuil enroule un câble qui traîne une charge explosive. Pour la manœuvre, un équipage de trois hommes.

Le 13 juin 1800, un prototype effectua sa première plongée dans la Seine. A Rouen, le 29 juillet de la même année, le « Nautilus » va faire deux plongées dont une de 17 minutes à 8 mètres de profondeur. Le 20 mars 1801, Bonaparte va allouer pour la deuxième fois, la somme de 10 000 francs à Fulton, pour faire une expérience complète avec son « Nautilus ». Malgré la réussite de celle-ci, les militaires et les savants ne vont pas prendre en compte cette « révolution-là », estimant qu’il n’est pas correct d’attaquer un ennemi par-dessous l’eau.

SH page 25 Fulton

Les ballons captifs.

En 1793, le grand savant Monge avait proposé à la Convention, l’utilisation de ballons à des fins militaires. Savants et militaires comprennent rapidement l’avantage qu’ils pourront obtenir sur les champs de bataille par l’observation aérienne. Le 2 avril 1794, une compagnie d’aérostiers de 25 hommes est créée sous les ordres du capitaine Jean Marie Coutelle. La première ascension à but militaire, intervient en juin 1794, devant Maubeuge assiégée. Le ballon, l’«Entreprenant», se distingue par les excellentes observations, puis, Coutelle opère à Charleroi où l’armée de Jourdan se bat. Une quinzaine de sorties seront effectuées pour cette campagne. Mais la plus grande victoire de ce nouveau procédé eut lieu au cours de la bataille de Fleurus, le 26 juin 1794, où la victoire sera acquise grâce aux renseignements transmis par Coutelle du haut de son ballon. Ensuite ce fut Mayence, Bonn, Coblence, Molsheim, Rastadt, Stuttgart et enfin Augsbourg. Entre 1794 et le début du Consulat, les aérostiers ont accompli 1200 ascensions avec 22 ballons. Bonaparte va engager la 1ière compagnie d’aérostiers dans la campagne d’Égypte, mais au cours du désastre naval d’Aboukir, le matériel coule avec la flotte française. Plus aucune unité de ce type ne participera plus à une campagne militaire. Le jeune corps des aérostiers sera dissous par décret, le 18 février 1799 et l’École de Meudon est fermée.

SH page 18 ballon

SH page 18 Texte ballon BisCurieusement, le texte de l’époque ne fait aucune mention du fait que, dans une bataille rangée, un ballon captif avait servi à la reconnaissance aérienne et aux renseignements. Il s’agit du ballon l’ « Entreprenant » du capitaine Coutelle. Ce ballon avait déjà servi lors du siège de Maubeuge, mais l’Histoire a retenu la bataille de Fleurus comme étant la première reconnaissance aérienne militaire en ballon.

Les fusées de Congreve.

Une nouvelle invention due à un inventeur anglais, William Congreve. Il estimait que le développement de cette arme rendrait le fusil tout simplement obsolète. La fusée de Congreve était une cartouche en tôle, chargée de salpêtre, de soufre et de charbon pour permettre la propulsion. Une baguette servait à la diriger dans les airs et la charge explosive était ; soit de la mitraille, soit des grenades, soit des produits incendiaires. Après l’avoir utilisé aux Indes à la fin du XVIII° siècle, l’invention fut utilisée par la Royale Navy, en 1806, au large de Boulogne, où plusieurs navires français furent détruits ou endommagés suite au tir de 200 fusées. A l’occasion de la bataille de Rochefort et de l’île d’Aix, les Français récupèrent quelques fusées qui sont aussitôt confiés aux savants Monge et Berthelot. Malgré les résultats obtenus par les Anglais à Boulogne ou à Copenhague, où la ville fut incendiée (2 au 5 septembre 1807), les Français ne seront jamais convaincu. Les fusées seront utilisées à Leipzig et sur l’Elbe en 1813, par la Grande Armée, 2000 fusées françaises resteront dans les dépôts sans être utilisées au combat.

SH page 28 fusees

RECONNAÎTRE UN GROGNARD !

UNE AFFAIRE DE TENUE ET D’OBSERVATION.

SH page 29 grognardsSH page 19 garde imperiale Bis SH page 20 garde imperiale Bis SH page 21 garde imperiale Bis SH page 22 garde imperiale Bis

 

MÉDAILLES ET RÉCOMPENSES.

Napoléon 1er savait récompenser les hommes qui servaient sa gloire sur les champs de bataille. Il leur attribuait des titres, des médailles, des promotions, mais aussi des Armes d’Honneur. A l’arsenal des récompenses, figurent également des décorations pour les étrangers comme l’Ordre de la Réunion, institué en 1811, pour récompenser les personnalités qui ont joué un rôle éminent dans les États européens alliés à l’Empire français. Il faut ajouter la Couronne de Fer, créée en 1805 pour ceux qui contribuèrent à l’établissement du royaume d’Italie.

LES ARMES D’HONNEUR.

La Révolution avait supprimé toutes les formes de récompenses, en particulier, les ordres destinés à la noblesse (abrogation des Ordres de la Monarchie par le décret du 31 juillet 1791). Le Directoire, désireux de récompenser les militaires qui avaient bien mérité de la Patrie, va remettre à l’ordre du jour l’usage traditionnel dans l’armée, celui de remettre une arme personnelle.

Ces remises d’armes vont se multiplier lorsque Bonaparte va prendre le commandement de l’armée d’Italie puis d’Orient. Le 16 fructidor an V, « voulant donner un témoignage de la reconnaissance de la Patrie envers les braves militaires qui se sont distingués par des actions d’éclats », Bonaparte fait exécuter 100 sabres avec « lame de Damas » par le grand « fourbisseur » de Versailles, Boutet. La lame devait porter le nom du bénéficiaire. Cet usage sera réglementé par l’article 87 de la Constitution de l’an VIII. Le Consulat par arrêté du 4 nivôse de l’an VIII, instituait de véritables armes d’honneur :

Art. 1 Il sera donné aux individus des grades ci-dessous désignés qui se distingueront par une action d’éclat, savoir :

1er Aux grenadiers et soldats, des fusils d’honneur qui seront garnis en argent (à 15 onces),

2ème Aux tambours, des baguettes d’honneur qui seront garnies en argent( à 15 onces),

3ème Aux militaires des troupes à cheval, des mousquetons ou carabines d’honneur qui seront garnis en argent (à 15 onces),

4ème Aux trompettes, des trompettes en argent…

Ces armes d’honneur comprendront des fusils, des sabres briquets pour les soldats, pistolets d’honneur pour les officiers, mousquetons pour la cavalerie, grenades d’or pour les canonniers les plus adroits, fouets d’honneur pour les conducteurs du Train d’artillerie…

-Art.3 Tout militaire qui aura obtenu une de ces récompense jouira de cinq centimes de haute paie par jour.

-Art.4 Tout militaire qui prendra un drapeau à l’ennemi, fera prisonnier un officier supérieur, arrivera le premier pour s’emparer d’une pièce de canon, aura par cela seul, chacun suivant son Arme, droit aux récompenses ci-dessus.

-Art.5 Il sera accordé des sabres d’honneur aux officiers et soldats qui se distingueront….Tout militaire qui aura obtenu un sabre d’honneur jouira d’une double paie.

SH page 23 arme honneur sabreLes sabres d’honneur étaient de trois modèles : ceux des officiers généraux, ceux de grosse cavalerie et ceux de cavalerie légère. Au total, 145 sabres d’honneur furent accordés à 6 généraux de division, 1 contre-amiral, 3 généraux de brigade, 18 chefs de bataillon ou d’escadron, 1 adjudant-commandant, 1 aide de camp, 63 capitaines et 62 lieutenants et sous-lieutenants. En outre, tous les soldats libérés après 24 ans de service, reçurent un sabre Briquet d’honneur du modèle du sabre de grenadier à pied de la Garde Consulaire.

Un décret complémentaire en l’an X, y ajoutera une hache d’honneur pour les marins. Chaque arme d’honneur était accompagnée d’un brevet qui faisait foi de la récompense reçue. Les Armes d’Honneur ne furent pas seulement individuelles ; une récompense collective fut attribuée à la 3ème compagnie de la 19ème demi-brigade pour le siège héroïque qu’elle soutint du 12 nivôse au 28 pluviôse de l’an VI, au fort de Corte, lors d’une insurrection en Corse. Enfin, un seul drapeau fut attribué au vaisseau de guerre l’ « Atlas ». Les dernières Armes d’Honneur ont été données après Marengo.

SH page 23 arme honneur grenadeGRENADE D’HONNEUR (Musée National de la Légion d’Honneur)

SH page 24 BREVET arme honneur

SH page 24 mousqueton arme honneurTous les bénéficiaires d’une Arme d’Honneur furent membres de droit de la Légion d’Honneur (loi du 29 floréal an X, art.1, titre II) et dès la première promotion, (arrêté du 27 messidor an X), une liste de 816 noms fut publiée ; nombre bien inférieur à celui des Armes d’Honneur délivrées. On compte en effet 2104 brevets. Le 16 juillet 1802, première remise de Légion d’Honneur.

SH page 25 decorations

Cliquez sur la flêche à gauche pour lancer l’écoute de la chanson de Pierre-Jean Béranger :

On parlera de sa gloire

Sous la chaume bien longtemps.

L’humble toit, dans cinquante ans,

Ne connaîtra plus d’autre histoire.

Là viendront les villageois

Dire alors à quelque vieille :

Par des récits d’autrefois,

Mère, abrégez notre veille.

Bien, dit-on, qu’il nous ait nui,

Le peuple encore le révère,

Oui, le révère,

Parlez-nous de lui, grand-mère ;

Parlez-nous de lui.

 « Les souvenirs du peuple » Chanson de Pierre-Jean Béranger.

Pour mémoire, la Médaille de Sainte-Hélène est la plus ancienne

médaille commémorative de l’Armée française.