SI 1870 M’ÉTAIT CONTÉE…

Dans les années qui précèdent 1870, l’empire se préparait à la guerre. Mais quelle guerre ? Guerre des partis, bataille électorale… Pour gagner des électeurs, les élus renoncent aux sacrifices nécessaires au salut du pays. Bref ! La France est dans un régime démocratique. En face, le gouvernement de Prusse est une monarchie héréditaire. Celui qui gouverne n’est pas à la remorque des gouvernés, mais à leur tête.

Le gouvernement français va sacrifier les intérêts les plus sacrés du pays à ses intérêts électoraux, en consultant le vent de l’opinion et d’y abandonner le bateau, quitte à le voir se briser sur les récifs. Les militaires se plaçaient au point de vue « défense nationale », et les politiques au point de vue électoral. À la tribune de la Chambre, Jules Favre avait même lancé à la tête des militaires : « Vous voulez faire de la France une caserne … », il eut comme réponse du maréchal Niel : « N’en faites pas un cimetière… ».

Les relations entre la France et la Prusse, il y a deux siècles, étaient alors très tendues. La Prusse n’était qu’un petit royaume, gouverné par des princes ambitieux et d’humeur guerrière, mais à force de petites guerres heureuses, ils agrandirent leur État jusqu’à devenir l’une des principales puissances de l’Europe. Mais en 1806, l’armée prussienne avait été vaincue et détruite à Iéna, par Napoléon 1er. Jusqu’en 1813, les garnisons françaises occupèrent le royaume de Prusse. Puis, les revers succédèrent à nos victoires et lorsqu’en 1814-1815, les armées coalisées de l’Europe envahirent la France, les Prussiens vont se montrer les plus acharnés de nos ennemis. Il faudra l’intervention du tsar, Alexandre 1er de Russie, pour empêcher le démembrement de notre pays.

La guerre franco-prussienne de 1870 va mutiler la France et nous perdrons l’Alsace et la Moselle, ce qui ne mettra pas fin à la rivalité entre les deux pays. France et Prusse resteront sous les armes. La France se relèvera pourtant de ces épreuves après une série de guerres en Afrique, en Crimée, en Italie et au Mexique. Elle reprendra le premier rang comme puissance militaire.

Entre temps, la Prusse et l’Autriche entrent en guerre, tous deux se disputaient la suprématie de la Confédération germanique. La plupart des États allemands, c’est-à-dire le royaume de Bavière, le royaume de Hanovre, le royaume de Wurtemberg, le royaume de Saxe, le Grand duché de Hesse … prirent parti pour l’Autriche. La Prusse avait pour alliée l’Italie. La victoire de Sadowa, le 3 juillet 1866, va décider de la paix. La Prusse s’empara alors des États du roi de Hanovre et du Grand duc de Hesse, et va imposer ses volontés au reste de l’Allemagne. De son côté, l’Autriche dut céder la Vénétie à l’Italie.

CONFÉDÉRATION GERMANIQUE 1815-1866

Napoléon III n’interviendra pas dans ce conflit, il était engagé dans l’expédition du Mexique. Bismarck était venu en France pour s’assurer de la neutralité de l’Empereur français, faisant croire que la France pourrait acquérir quelques pays de la rive gauche du Rhin, comme elle avait acquis Nice et la Savoie en compensation de l’agrandissement du royaume du Piémont, en 1860.

Après la victoire de Sadowa, Bismarck va changer de ton et les relations avec la France vont devenir plus tendues. Tôt ou tard, la guerre éclatera entre les deux pays. La France attendait une occasion, la Prusse la cherchait.

En 1870, suite à une révolution, la couronne d’Espagne avait été offerte à un prince Hohenzollern, parent de la famille royale de Prusse. Ce qui va inquiéter Napoléon III qui ne veut pas que la France soit enclavé au Nord et au Sud, par des Prussiens. Ce projet va être abandonné, mais Bismarck va tirer parti de cette affaire pour irriter les susceptilités de la France. Bismarck va rendre la guerre inévitable en modifiant les termes d’une dépêche envoyée par le roi à ses agents diplomatiques. C’est l’affaire de la dépêche d’Ems.

En France, lorsque les termes de la dépêche furent connus, à la Chambre des députés et au Sénat, c’est l’explosion de colère. Le plan Bismarck avait réussi.

La guerre fut déclarée par la France le 17 juillet 1870.

Napoléon III s’était fait l’illusion de compter sur l’alliance avec l’Autriche et l’Italie, mais l’Autriche ne voulait pas faire la guerre. L’Italie, qui nous devait son indépendance, avait des obligations, elle était alliée à la Prusse depuis 1866. De plus, la France espérait qu’une partie des États allemands profiteraient de cette occasion pour prendre une revanche, mais au contraire, tous vont s’unir avec la Prusse.

L’Allemagne était prête pour la mobilisation de l’armée. En France, rien n’était organisé, ni les troupes, ni le matériel de guerre, ni les places fortes. Les effectifs militaires étaient insuffisants, les réserves n’étaient pas organisées pour être mobilisées. Le souvenir des succès en Crimée, en Italie, en Afrique et au Mexique, entretenaient une dangereuse confiance. Ces campagnes ne ressemblaient en rien à la guerre qui se profilait contre l’armée prussienne.

La loi de 1868 avait établi le service militaire à cinq ans dans l’armée d’active et quatre ans dans la réserve. Les jeunes gens aptes au service, mais non incorporés dans l’armée d’active, étaient inscrits sur les contrôles de la garde nationale ; ils ne recevaient aucune instruction militaire. Les cadres n’étaient pas plus instruits que la troupe. Les grades d’officiers et de sous-officiers étaient attribués sans aucune garantie de compétence. Il devait y avoir 318 bataillons d’infanterie et 158 batteries d’artillerie de Mobile, mais cette organisation n’existait que sur le papier.

(A noter que le recrutement était régi par la loi de 1832. Contingent établi chaque année par une loi. Tirage au sort pour déterminer les jeunes gens qui feront partie de ce contingent. Les autres étant définitivement libérés de toute obligation militaire. Durée du service, 7 ans. La loi de 1868 réduira le service actif à 5 ans.)

Conseil de guerre prussien. L’état-major prussien. Bismarck est assis au premier plan à droite, Guillaume 1er compulse les cartes à côté du général von Moltke et les regards se tournent vers le général von Roon, debout.

Les principales places fortes étaient Strasbourg, Metz et Belfort.  Les autres « forteresses » étaient incapables pour la plupart d’une résistance sérieuse. Lichtenberg et La Petite-Pierre, dans les Vosges. Schletstadt (Sélestat) et Neuf-Brisach en Alsace. Biche et Phalsbourg, Thionville au Nord de Metz et Toul au Sud. Sur la Meuse, Verdun, vieille place forte. Longwy et Montmédy près de Luxembourg et Sedan, Mézières et Givet près de frontière belge. Adossé au Jura, Belfort et Besançon. Vétustes et inadaptés, ces ouvrages ne pouvaient résister à des bombardements modernes.

Pendant de longues années, insouciante du danger, la France s’était, en quelque sorte, engourdie dans le bien-être. Ni moralement, ni matériellement, la Nation n’était préparée à la guerre. Le réveil fut brutal.

Dès le début de la guerre, l’Allemagne mobilise 800 000 hommes près au combat. Ils avaient en réserve 400 000 hommes de la Landwehr. Le roi Guillaume était le commandant en chef. Le plan de campagne avait été préparé par le général Moltke, son chef d’état-major. La mobilisation et les transports par voie ferrée ont été réalisés avec ordre et rapidité.

L’armée française comptait 375 000 hommes d’actives et 175 000 hommes de réserve. En première ligne, la France pouvait aligner 250 000 hommes, soit la moitié de l’effectif allemand. Il faut noter que les brigades, les divisions et les corps d’armée n’étaient pas constitués en temps de paix, il fallait, au moment de la déclaration de guerre, tout organiser. Créer les états-majors, les services administratifs, répartir l’artillerie … Les généraux ne connaissaient pas les troupes qu’ils allaient commander. De cette mascarade, Napoléon III en prit le commandement.

Le système de mobilisation allemand n’avait pas encore été adopté en France. Les régiments se mirent en place sur la frontière avec les effectifs de paix, réserves et matériels allaient rejoindre dans une très grande confusion. Les transports par voie ferrée n’avaient même pas été envisagés. Il y eu d’incroyable désordres et une grande partie du matériel se perdit ou s’égara. Tout va s’improviser à la dernière heure.

Tandis que les Allemands se dirigeaient en masses compactes sur Sarrebruck et Wissembourg, les corps d’armée français s’éparpillaient sur la frontière entre Sarrebruck et Belfort comme un cordon de douaniers.

Les Allemands possédaient une artillerie plus nombreuse et d’une portée supérieure à la nôtre. Leur infanterie avait un fusil à aiguille, c’est-à-dire chargement par une culasse et non plus par la bouche du canon.

FUSIL ALLEMAND

L’infanterie française avait un fusil d’une portée et d’une justesse supérieure, mais c’était une arme nouvelle et dont les réservistes ignoraient le fonctionnement. Il fallut leur apprendre au moment même des engagements au combat. Le fusil français était appelé « Chassepot », c’était le nom d’un contrôleur de l’armement qui avait coopéré à sa fabrication.

LE CHASSEPOT

Bien que l’armée française ne fût pas prête, l’Empereur voulut qu’elle prenne l’offensive la première. Le 2 août, ordre est donné à deux divisions du 2ème corps, d’attaquer un poste avancé allemand à Sarrebruck. Combat sans utilité. Ce fut la première rencontre.

Napoléon III n’est en rien semblable à son grand oncle. Innocenter l’Empereur de ce désastre semble difficile, bien que certains pensent que les vrais responsables sont l’opposition et l’opinion. Un mot du duc de Broglie résume la situation : « Hélas ! Nous sommes dans un temps de sottises ! C’est l’opposition qui les dit, et c’est le gouvernement qui les fait ». L’Empereur avait pourtant été averti, particulièrement par deux militaires, le colonel Stoffel et le général Ducrot. Il a été averti de la supériorité militaire de l’Allemagne en effectifs, en rapidité de mobilisation et en armement. Le soir de Sedan, Napoléon III reconnaissait devant le général Ducrot : « Vos pressentiments sur les intentions de la Prusse, ce que vous m’avez dit sur ses forces militaires et du peu de moyens que nous aurions à leur opposer, tout cela n’était que trop vrai ; j’aurais dû tenir plus compte de vos avertissements et de vos conseils ».

Général DUCROT, Gouverneur militaire de Strasbourg

Colonel STOFFEL Attaché militaire à Berlin

Le 4 août, un combat va se dérouler à Wissembourg, sur les lieux même des combats de 1793. Des reconnaissances mal faites, avaient laissé la division Abel Douay dans l’ignorance des dispositions ennemies. La division fut attaquée à l’improviste par la III° armée allemande. Les Français vont résister avec acharnement, 5 000 hommes contre 40 000. Le général Douay fut tué. Il y eut, de chaque côté, près de 1 500 hommes hors de combat.

Deux jours plus tard, le 6 août, ce fut la bataille de Frœschwiller.

Comme on peut le voir sur cette carte, les combats ont eu lieu à Woerth.

Après les combats de Wissembourg, la III° armée allemande va continuer sa marche en avant. Le maréchal de Mac Mahon avait pris position près des villages de Woerth, DE Frœschwiller et de Reichshoffen. L’avant-garde allemande va attaquer, puis toute l’armée du Prince royal va se déployer au son du canon. Les Allemands ont 126 000 hommes et 300 pièces d’artillerie, contre 46 000 Français et 120 canons. La supériorité du nombre était trop grande. La brigade de cavalerie Michel reçut l’ordre de charger. Les 8° et 9° cuirassiers et deux escadrons des 6° lanciers s’élancent à travers les houblonnières. Malgré l’embarras des chevaux dans ce champ de perches de houblon, la charge passe et vient s’engouffrer dans le village de Morsbronn. Les rues sont barricadées et les cuirassiers furent anéantis. Le général Bonie écrira : « Semblable au bruit de la grêle, le son des balles résonnait sur les armures ».

Dans cette journée, les Français vont perdre 8 000 tués et 4 000 prisonniers. Les Allemands auront plus de 10 000 hommes tués ou blessés, et, épuisés, ils laissèrent l’armée française se retirer. Les Allemands appellent cette bataille « bataille de Woerth ». Le nom de bataille de Reichshoffen, qui lui est souvent donné en France, est inexact, car on ne s’est pas battu à Reichshoffen même.

En Lorraine, le même jour, eut lieu la bataille de Forbach-Spicheren. Le 6 août, les I° et II° armées allemandes attaquent un Sud de Sarrebruck, sur les hauteurs de Forbach et de Spicheren, défendues par le 2ème corps du général Frossard. Le combat va durer jusqu’à la nuit. 30 000 Français contre 70 000 Allemands. Quatre à cinq mille hommes seront hors de combat dont le quart de tués. Le lendemain, 7 août, l’Empereur va donner l’ordre de se replier sur Metz. Tous ces combats malheureux vont affecter l’armée.

Plan de bataille de Forbach-Spicheren

La bataille la plus sanglante de cette guerre fut sans doute la bataille de Rezonville, appelée aussi par les Allemands, bataille de Mars-la-Tour.

Le maréchal Bazaine avait sous ses ordres, le 2ème corps (Frossard), le 3ème corps (général Decaen, tué le 14août, puis le maréchal Lebœuf), le 4ème corps (Ladmirault). Une brigade du 5ème corps (Lapasset). Le 6ème corps (Canrobert), la Garde impériale (Bourbaki). L’effectif total s’élevait à environ 200 000 hommes, c’était les meilleures troupes françaises.

Maréchal Bazaine

Le 14 août, les Allemands se rendent compte du mouvement de retraite des Français vers Verdun, et vers quatre heures de l’après-midi, ils attaquent avec 70 000 hommes. Le 3ème corps français et encore en position sur la rive droite de la Moselle, près de Borny. Le 4ème corps fait demi-tour pour venir épauler le 3ème corps. Du côté français, 50 000 hommes sont engagés et après une lutte acharnée, les allemands se replient. Mais ce combat eut pour conséquence de retarder de deux jours la marche vers la Meuse. La bataille de Borny coûta aux Français environ 3 000 hommes dont 500 morts. Les Allemands perdirent 5 000 hommes dont 1 200 morts.

Le mouvement vers Verdun fut repris le 15 août, mais si mal réglé que la tête de colonne n’arriva qu’à Rezonville, à 10 km de Metz.

L’armée française avait gardé les habitudes d’Afrique ; elle campait sous de petites tentes, ne se protégeait pas à distance. La cavalerie de première ligne ne se tenait pas sur ses gardes. Vers neuf heures, un déluge d’obus va tomber sur le camp, les chevaux s’échappent au galop. Mais le désordre ne se propage pas et l’artillerie française riposte.

Les Allemands voulaient couper la route de Verdun en cherchant à s’étendre vers le Nord. L’armée français s’étend également, parallèle à la ligne allemande. À la fin de la journée, les deux armées n’étaient séparées que par la route de Verdun. Le combat d’artillerie et d’infanterie va se développer sur une ligne de Rezonville à Mars-la-Tour. Affrontement sanglant sans donner l’avantage à l’un ou à l’autre.

Vers 17 heures, Le 3ème et 4ème corps français entrent en action après une marche forcée. Le 4ème corps va se heurter à la brigade allemande de Wedell, harassée elle aussi par une longue marche. Les infanteries vont s’affronter à la baïonnette. Sur un effectif de 4 500 hommes, les Allemands vont laisser sur le terrain, 72 officiers et 2 500 hommes, dont 300 prisonniers. Pour dégager l’infanterie, les Allemands lancent les Dragons de la Garde prussienne dans la mêlée. Les pertes étaient considérables des deux côtés. Aucun des deux adversaires ne pouvait s’attribuer la victoire. Mais, les Allemands avaient atteint leur but ; empêcher l’armée française de continuer sa marche sur Verdun. L’effectif des combattants a été estimé à 95 000 hommes pour les Allemands et à 135 000 pour les Français. Les Allemands eurent 16 000 hommes hors de combat dont 4 500 tués. Les pertes françaises s’élevèrent à peu près au même chiffre, dont 1 400 tués et 5 000 disparus. L’artillerie allemande avait tiré près de 20 000 coups de canon.

Ce fut la bataille la plus sanglante de la guerre.

Le lendemain, les adversaires étaient face à face. On s’attendait à une reprise de la bataille, mais le maréchal Bazaine donna l’ordre de se replier sur Metz sous prétexte de se ravitailler. C’était, en quelque sorte, s’avouer vaincu. Après une bataille, le réapprovisionnement doit se faire de l’arrière vers l’avant et non l’inverse, c’est une erreur de commandement.

La bataille de Saint-Privat, ou bataille d’Amanvillers, pour les Français, ou bataille de Gravelotte pour les Allemands eut lieu le 18 août, à une dizaine de km à l’Ouest de Metz.

Ce jour-là, les Français ne manœuvrèrent pas, ils attendaient l’attaque des Prussiens. Les positions françaises étaient très fortes à notre aile gauche, renforcées par des tranchées et des fosses afin de placer son artillerie et ses mitrailleuses. Les attaques allemandes échouèrent et les contre-attaques françaises leur firent subir de grandes pertes, ce qui provoqua le repli des troupes allemandes.

Le canon à balles

À notre aile droite, à Saint-Privat, le maréchal Canrobert manquait d’artillerie et des munitions ; les voitures envoyées à Metz pour les chercher, n’étaient pas revenues. Vers 17 heures, la II° armée prussienne attaque de front Saint-Privat. L’attaque est repoussée, en une demi-heure 6 000 morts et blessés couvrirent le champ de bataille. Vers 19 heures, les Saxons du XII° corps arriva sur notre flanc droit. Le village de Saint-Privat est en flamme et il devient impossible de résister. Les hommes se sont même battus dans le cimetière du village qui entourait l’église en flamme. Dans un dernier assaut sanglant, l’ennemi enleva la position.

Le lendemain matin, Bazaine préféra se replier sur Metz plutôt que de reprendre le combat. Si en fin de journée du 18 août, le renfort d’une division de grenadiers étaient venus épauler le maréchal Canrobert, comme il le demandait, l’ennemi, déjà décimé, aurait été anéanti. Les destinées de la France auraient été autres.

Maréchal Canrobert

À la bataille de Saint-Privat, environ 180 000 Allemands combattirent contre 120 000 Français. Les Allemands perdirent 900 officiers et 20 000 hommes dont plus de 5 000 tués. Les Français ont perdu 13 000 hommes, dont 1 200 tués et 6 000 disparus.

Le lendemain, 19 août, les corps français qui avaient conservé leurs positions sur l’aile gauche, reçurent l’ordre de se replier également sur Metz. Bazaine s’y laissa prendre au piège.

Pendant les évènements de Metz, la III° armée allemande avait continué sa marche vers le camp de Châlons où Mac Mahon organisait une nouvelle armée française, appelée « l’Armée de Châlons ». La cavalerie allemande arriva, le 24 août, au camp de Châlons, mais elle n’y trouva personne. En effet, Bazaine avait exprimé l’intention de sortir de Metz pour se diriger vers le Nord. Mac Mahon se décida alors de marcher vers le Nord afin de rejoindre le maréchal Bazaine près de Verdun.

Jusqu’au 26 août, les Allemands n’eurent aucun renseignement sur la situation. Un journal saisi à la poste leur apporta les premiers indices. Les journaux français, publiaient tout ce qu’ils apprenaient sur les opérations militaires, ils renseignaient ainsi l’ennemi. Ce n’était pas le cas de la presse allemande. Aussitôt les ordres furent donnés en conséquence aux armées allemandes. Pour les Français, il s’agissait de prendre de vitesse l’ennemi et de faire la jonction avec l’armée de Metz.

L’armée de Mac Mahon était formée du 1er corps (Ducrot), du 5ème corps (de Failly), du 7ème corps (Douay) et du 12ème corps (Lebrun).

L’Empereur marchait avec cette armée, mais il n’exerçait aucun commandement. Sur les conseils de l’impératrice et du Conseil des ministres, il avait renoncé à rentrer à Paris où la révolution grondait. Souverain sans pouvoir et sans autorité, moralement déchu, il suivait tristement et inutilement les troupes.

Les Prussiens alignaient la III° Armée, forte de cinq corps, I° et II° corps bavarois, IV°, V° et VI° corps, sous les ordres du Prince royal de Prusse, soit 160 000 hommes. La IV° Armée, forte de trois corps, sous les ordres du Prince royal de Saxe comprenait environ 90 000 hommes.

Le V° corps français arriva dans la nuit à Beaumont, épuisé, il campa sans prendre des mesures de sécurité malgré la proximité de l’ennemi. Cette insouciance, alors que l’ennemi se trouvait à peu de distance, est inexplicable. Sécurité négligé, renseignements inexacts, reconnaissances insuffisantes, ces fautes laissaient nos généraux dans l’ignorance des forces, des positions et des marches de l’ennemi. Ces fautes, déjà signalées à Wissembourg, à Forbach, à Frœschviller, à Rezonville, à Saint-Privat, se répéteront tout au long de cette guerre. Dans les faits, les combats commencent par les surprises.

La bataille de Beaumont, le 30 août, en est l’exemple. Le 5ème corps était au repos sans être protégé. Les soldats s’occupaient, en toute insouciance, aux divers travaux du camp. Vers midi et demi, l’artillerie allemande ouvre le feu à moins de 1 000 mètres. Malgré la surprise, il n’y eu pas de panique et lorsque l’infanterie ennemi entra en action, l’attaque fut repoussée vigoureusement. Après un combat de deux heures, les Français eurent 4 800 hommes hors de combat, les Allemands 3 500.

La bataille de Beaumont décida le maréchal Mac Mahon d’arrêter sa marche vers l’Est, il donna l’ordre aux corps d’armée de se diriger vers Sedan. Les Allemands le suivirent aussitôt.

La bataille de Sedan va débuter le 1er septembre vers quatre heures du matin. Les effectifs des deux armées en présence sont de 124 000 hommes pour les Français et de 200 000 pour l’armée allemande.

Les Bavarois attaquèrent Bazeilles, héroïquement défendu par l’infanterie de marine. Vers 10 heures, les défenseurs cédèrent devant le nombre et les incendies allumés par l’ennemi.

Commandée par le général de Vassoigne (photo ci-contre), la « Division Bleue » est composée de deux brigades. La Division Bleue fait partie du XI° corps d’armée de l’armée de Mac Mahon rassemblée au camp de Châlons, qui, dans la deuxième quinzaine d’août, va tenter de joindre l’armée de Bazaine à Metz. Le 20 août, après six jours de marche, un de nos corps d’armée s’étant laissé surprendre à Beaumont, la 1ière brigade du général Reboul doit intervenir, d’ailleurs avec succès, pour le dégager. Le 31 août, c’est l’autre brigade, celle du général Martin des Pallières, qui est chargée de reprendre Bazeilles que l’ennemi vient d’occuper.

L’ennemi est refoulé, mais sa supériorité en nombre et en artillerie lui permet de reprendre pied dans la localité. La mêlée est acharnée et les pertes sont sévères des deux côtés. Le général Martin des Pallières est blessé et le village est en feu. Vers quatre heures de l’après-midi, les Marsouins ne tiennent plus que les lisières Nord du village. C’est alors que la brigade Reboul, tenue en réserve, est engagée. À la tombée de la nuit, Bazeilles est entièrement reprise. Sous les ordres du commandant Lambert, sous-chef d’état-major de la Division, les Marsouins vont tenir la localité. Le commandant Lambert, comprenant que l’ennemi puissamment renforcé pendant la nuit, va revenir en force, il va lui tendre un piège.

Lorsque, le 1er septembre au lever du jour, les Bavarois commencent à pénétrer dans le village, ils croient celui-ci abandonné. Une vigoureuse contre-attaque, menée par 150 marsouins, les surprend et les mets en fuite. Nous sommes à nouveau, et pour la troisième fois, maîtres de Bazeilles.

À ce moment survient un coup de théâtre. Le général Ducrot, qui vient de remplacer Mac Mahon blessé, veut regrouper l’armée et l’ordre est donné d’abandonner Bazeilles. Ce que l’ennemi n’a pas réussi, la discipline l’obtient. Bazeilles est évacuée. Mais le général de Wimpfen, porteur d’une lettre de service, revendique le commandement et, prenant le contre-pied des dispositions de son prédécesseur, ordonne que soient occupées les positions abandonnées.

Il faut donc reprendre Bazeilles dont les Bavarois n’ont pas manqué de s’emparer entre temps. De Vassoigne n’hésite pas et sa division, s’empare du village pour la quatrième fois.

Le 1er corps d’armée Bavarois, renforcé d’une division supplémentaire, et appuyé par une artillerie de plus en plus nombreuse, reprend ses attaques qu’il combine avec des manœuvres d’encerclement, tandis que dans le village se multiplient les incendies.

Luttant à un contre dix, les marsouins, malgré les obus qui les écrasent et les incendies qui les brûlent et les suffoquent, défendent pied à pied chaque rue, chaque maison, chaque pan de mur. Ils ne cèdent le terrain que très lentement infligeant à l’ennemi des pertes sévères. Hélas, celles qu’ils subissent ne le sont pas moins et, ce qui est très grave, les munitions commencent à manquer.

Le général de Vassoigne, toujours très calme, estime que sa mission est maintenant accomplie, que : « l’infanterie de marine a atteint les extrêmes limites du devoir … » et qu’il ne doit pas faire massacrer une telle troupe, susceptible de rendre encore des services. Vers midi, il fait sonner la retraite. Cependant, le général de Wimpfen veut encore tenter une percée vers l’Est. A cet effet, aux environ de 16 heures, il fait appel au général de Vassoigne et se met avec lui, épée en main, à la tête des débris dont il dispose. Balan est en grande partie repris, lorsque sur l’ordre de l’Empereur, il fait mettre bas les armes. La Division Bleue a perdu 2 655 des siens, l’ennemi, bien plus du double.

Pendant les combats de Bazeilles, les civils ont fait le coup de feu aux côtés des soldats français. Les Bavarois vont se déshonorer par des cruautés inexcusables.

Dans leur rage, ils fusillèrent des prisonniers et massacrèrent les habitants qui avaient concouru à la défense. Sur le tableau ci-dessus, on voit un civil, à la fenêtre de l’étage, tirer sur les Bavarois.

Bazeilles. La maison de la dernière cartouche.

Sur les lieux du champ de bataille, les succès de l’ennemi furent plus rapides. Le maréchal de Mac Mahon, blessé vers six heures du matin, avait remis le commandement au général Ducrot ; ce dernier pris immédiatement les dispositions pour battre en retraite vers Mézières, mais le général de Wimpffen montra une lettre du Ministre de la guerre qui le désignait pour remplacer le maréchal, le cas échéant.

Il n’est pas neuf du matin et le commandement de l’armée française avait déjà changé trois de mains.

Mac Mahon avait accepté la bataille, Ducrot, jugeant la situation très grave, voulait dégager l’armée par une retraite rapide vers l’Ouest. Le général Wimpffen se faisait d’étonnantes illusions, prétendait à la victoire.

Pendant ce temps, les différents corps d’armée allemande exécutaient, conformément à leurs instructions, un mouvement pour encercler l’armée française. Vers midi, les deux ailes ont fait leur jonction. Les troupes françaises sont enfermées dans un cercle de feu qui se rétrécit sans cesse. Une charge des chasseurs d’Afrique sous les ordres de Gallifet, se brise sur l’infanterie allemande. Le général Ducrot réunit alors toute l’artillerie disponible et donne à la division de cavalerie de réserve l’ordre de charger. C’est un échec, 800 cavaliers restent sur le terrain, dont 80 officiers. Les lignes ennemies, un instant rompues, se reforment.

Le mouvement d’encerclement des Allemands s’accentue de plus en plus, les troupes françaises refluent vers Sedan sous un déluge d’obus.

Il est trois heures de l’après-midi, tout espoir est perdu, l’Empereur Napoléon III fait hisser le drapeau blanc sur une maison de la ville. Nous sommes le 2 septembre 1870.

N’exerçant pas de commandement, l’Empereur ne voulut pas traiter pour l’armée. Les Allemands ignoraient la présence de Napoléon à Sedan. Lorsque la nouvelle se répandit, leur allégresse éclata de toutes parts. Ils croyaient la guerre terminée.

La capitulation fut signée le lendemain matin par le général de Wimpffen. L’armée et tout son matériel, dont 500 canons, furent livrés à l’ennemi. La bataille de Sedan coûta, côté français, 3 000 tués, 14 000 blessés et 100 000 prisonniers. Environ 3 000 hommes s’échappèrent et passèrent en Belgique où ils furent désarmés. Les Allemands perdirent 9 000 hommes, dont 2 000 tués.

Pendant que le roi Guillaume parcourant les bivouacs et était acclamé par son armée victorieuse, l’Empereur français, prisonnier de guerre, prenait le chemin de l’Allemagne. Depuis Waterloo, la France n’avait vécu un pareil drame, jamais l’armée française n’avait subi pareille humiliation.

Le Second Empire a vécu.

« Le peuple a devancé la Chambre qui hésitait. Pour sauver la Patrie en danger, il a demandé la République ; elle est proclamée, et cette révolution est faite au nom du droit et du salut public. Citoyens ! Veillez sur la cité qui vous est confiée, demain vous serez avec l’armée des vengeurs de la Patrie ». Ainsi Léon Gambetta proclama-t-il la III° République devant la foule assemblée place de l’Hôtel de ville, à Paris, le 4 septembre 1870.

Les députés républicains de Paris, parmi lesquels Jules Favre, Jules Ferry, Léon Gambetta (au cente de l’image ci-dessous) et Jules Simon, forment sans attendre un gouvernement de Défense nationale, présidé par le général Trochu. L’objectif est de poursuivre la guerre. À cette fin, Gambetta, ministre de la Guerre et de l’Intérieur, quitte Paris en ballon, le 7 octobre, pour organiser la délivrance de Paris encerclée. Mais de nouvelles défaites militaires amènent le gouvernement à signer un armistice avec Bismarck, le 28 janvier 1871.

En effet, ce sera désormais le combat de la République pour sauver l’honneur de la France.

Dès la fin des combats de Sedan, les Allemands s’étaient dirigés sur Paris. Des pourparlers de paix avaient été entamés, mais les conditions allemandes étaient telles,  que les négociations furent rompues et l’on se prépara à une lutte à outrance.

Le 7 octobre 1870, Gambetta quitte Paris avec le ballon « Neptune ». (Photo Nadar)

Malgré les efforts et la volonté de combattre les Allemands, jusqu’en janvier 1871, ce sera de glorieuses défaites à l’exception de Coulmiers (11-1870) et de Villesexel (01-1871). La listes est longues des défaites des armées de la République ; Montmédy (09-1870), Soissons (09-1870), Siège de Paris (09-1870), Bellevue (10-1870), Châteaudun (10-1870), Dijon (10-1870), Belfort (11-1870), La Fère (11-1870), Thionville (11-1870), Villers-Bretonneux (11-1870), Beaune-la-Rolande (11-1870), Champigny (11-1870), Orléans (12-1870), Loigny –(12-1870), Longeau (12-1870), L’Hallue (12-1870), Bapaume (01-1871), Le Mans (01-1871), Héricourt (01-1871), Saint-Quentin (01-1871), et enfin Buzenval (01-1871) qui fut la dernière bataille. Il faut quand même signaler deux batailles victorieuses, Coulmiers (11-1870) et Villersexel (01-1871).

La guerre de 1870 ne fut pas seulement terrestre.

Affrontement entre le « Bouvet » et le « Météor »

Le 17 août 1870, en mer Baltique, le yacht « Grille » échangea des coups de canons avec un aviso français. Au large de Brest, la corvette « Augusta » réussit à capturer trois navires marchands français. Mais l’intervention de la frégate « l’Héroïne » obligea le navire allemand à se replier sur Vigo, en Espagne.

Alors qu’il relâchait à Cuba, qui était une colonie espagnole, la canonnière prussienne le « Météor » fut découvert le 8 novembre 1870 par le navire français le « Bouvet ». Le capitaine de frégate Alexandre Franquet, commandant le « Bouvet », lança un défi pour le lendemain à son homologue allemand, le Kapitänleutnant vin Knorr, qui le releva. Le « Bouvet » quitte le port de la Havane, accompagné de deux navires espagnols qui voulaient s’assurer que le combat se déroule hors de la zone des eaux espagnoles.

Le combat commença à 14 h 30, lorsque le « Bouvet » ouvrit le feu à 4 000 mètres de son adversaire. Le « Bouvet » vira brusquement et se lança à pleine vitesse vers le « Météor » pour tenter de l’éperonner. Le choque entraîna la chute de la mâture du navire allemand mais qui eut surtout son hélice empêtrée dans les cordages. Un obus pulvérisa le surchauffeur du « Bouvet ». La vapeur s’échappant par le tuyau crevé, l’aviso français s’immobilisa à son tour.

Les Espagnols vont intervenir alors pour séparer les adversaires qui rentrèrent à La Havane. L’affrontement du « Bouvet » et du « Météor » s’acheva sans vainqueur. Franquet fut promu capitaine de vaisseau en décembre 1870 et von Knorr reçut la Croix de fer en 1871. Il n’y eut plus de combats navals.

Il faut noter que quelques places fortes ont résisté au-delà de la défaite de Sedan. C’était le cas de Strasbourg dont le siège va durer du 16 août au 28 septembre 1870.

Après la bataille de Frœschwiller-Woerth, le général Prussien, von Werder, reçoit l’ordre de se diriger avec son armée vers la forteresse de Strasbourg qui, avec Metz, était réputée comme une des places les mieux défendues de France.

L’armée de Werder était forte de 40 000 hommes du Wurtemberg et de Bade qui sont situées de l’autre côté du Rhin par rapport à Strasbourg. La garnison de Strasbourg était forte de 17 000 hommes sous les ordres du général Uhrich (photo ci-contre). Le 12 août la ville est isolée et le 13 août Strasbourg est investie. Le général allemand, rejeta l’idée d’un siège longue durée, il décida de bombarder la ville. Le 23 août, les canons allemands entrent en action, causant des dégâts considérables. Plus de 190 000 projectiles furent tirés, 600 maisons furent détruites.

Alors que les bombardements se poursuivaient, la ville reçue, le 11 septembre, une délégation suisse qui entendait évacuer les non-combattants. Cette délégation apporta aussi la nouvelle de la défaite française de Sedan.

Après quarante-six jours de siège et de bombardements, le 28 septembre, le général français consentit à se rendre. La garnison perdit 700 hommes tués ou blessés, la population civile eut 300 morts et 800 blessés.

Strasbourg après les bombardements.

 

Le siège de Biche.

D’après un compte-rendu daté du 1er janvier 1870, la citadelle de abrite 53 canons, 4 662 fusils et 1 399 416 cartouches, plus de 120 tonnes de poudre et 26 128 projectiles de gros calibre.

Peu de temps avant le conflit, le 9 juillet 1870, le commandant Teyssier, nouvellement arrivé à Bitche, prend le commandement de la place. C’est un vieux soldat, il a fait la guerre de Crimée et d’Italie, plusieurs fois blessé au combat.

Buste du colonel Teyssier

Le 29 juillet, un premier accrochage à lieu près de Breidenbach, à une dizaine de kilomètres au Nord de Biche entre une patrouille du 5ème Dragons allemand et une patrouille française. Le général Failly est informé  de  la  prise  de Wissembourg par les Allemands et de la progression de la III° Armée allemande, il reçoit l’ordre de rassembler ses troupes à Biche.

Dans la nuit du 22 au 23 août 1870, les Bavarois installent à grand peine une batterie sur la colline du Grand-Otterbiel, situé à 1 100 mètres de la citadelle. Au matin du 23 août, les assiégés de la place sont réveillés par des explosions. Le troisième obus tombe sur la Grosse-Tête de la citadelle, plus exactement sur la prison. Pendant deux heures, les obus s’abattent sur la citadelle, cinquante-cinq obus à fragmentation et vingt-cinq obus incendiaires. Le colonel Kohlermann fait stopper le feu à sept heures du matin et envoie un parlementaire pour demander à Teyssier de se rendre, ce dernier refuse.

Du 23 au 27 août, l’activité allemande se réduit à des travaux d’approche dans les bois des côtes de la Rosselle, en creusant des retranchements et en installant des positions d’artillerie. Le commandant Teyssier décide alors de harceler l’assaillant.

Dans la nuit du 29 au 30 août 1870, à deux heures du matin, quatre cents soldats français quittent le camp retranché en trois colonnes pour s’en prendre aux positions allemandes installées au Sud de la route de Sarreguemines. Cette attaque permet aux Français de détruire les emplacements destinés aux pièces allemandes et de tirer sur le bivouac de ces derniers. Le 31 août, deux parlementaires allemands se présentent à nouveau au pied de la citadelle avec des journaux destinés à démontrer aux assiégés  l’inutilité de leur résistance. Teyssier donne l’ordre au lieutenant Mondelli de les éconduire.

Encouragés par le succès de leur sortie précédente, les Français livrent une escarmouche le 1er septembre, à seize heures trente, à proximité de la route de Sarreguemines. Dans la nuit du 3 au 4 septembre, Teyssier fait exécuter une nouvelle sortie avec huit cents hommes divisés en trois groupes afin d’occuper les hauteurs de La Rosselle, de neutraliser les fermes du Freudenberg, Simserhof et du Légeret et harceler les Allemands, par un mouvement tournant, au Sud de la route de Sarreguemines.

Mais cette fois-ci, les Allemands sont sur leurs gardes, l’effet de surprise échoue et après un combat de trois heures, les Français se replient sur la citadelle. Les pertes bavaroises s’élèvent à neuf tués, deux officiers et vingt-neuf blessés. Du côté français, neufs tués, soixante-deux blessés et trente hommes faits prisonniers par les Bavarois. Ce même jour les Allemands apprennent la défaite française de Sedan. Le commandant Teyssier est informé de la débâcle de Sedan le 2 septembre, et pour ne pas briser le moral de ses troupes, il préfère taire la nouvelle. La place de Biche est maintenant isolée.

Les Allemands installent six batteries avec trois cents obus chacune du 6 au 11 septembre, sous une pluie battante. Les effectifs allemands comptent alors 3 788 hommes et 24 pièces d’artillerie. Le 11 septembre, le bombardement commence à dix heures du matin avec les 24 pièces. La citadelle réplique aussitôt avec ses quatorze canons ; les échanges de tir se poursuivront toute la journée. À partir de dix-huit heures, les Allemands, excédés par la résistance de la citadelle, reçoivent l’ordre de bombarder la ville, épargnée jusque là.

Les Allemands lâchent dans la ville un groupe de malades touchés par la variole, sans doute dans le but de contaminer la garnison récalcitrante. Les tirs reprennent sur la citadelle, la ville et le camp retranché. Un drame faillit se produire ce jour-là, un bâtiment en feu qui abritait dix tonnes de poudre, l’incendie est maîtrisé in extremis.

Les obus continuant à tomber nuit et jour sur la citadelle, les hommes se sont réfugiés dans les souterrains. Avec le cri des animaux, il y a aussi les toilettes, l’hôpital, les logements des officiers, des salles pour la troupe, des magasins de vivres et de munitions, une boucherie, une boulangerie, un puits …

Dans la soirée du 20 septembre, les Allemands stoppent progressivement leurs tirs. Un parlementaire vient annoncer à Teyssier que la République est proclamée à Paris et que Guillaume 1er se trouve sous les murs de la capitale. Le bruit des canons cesse le 21 septembre 1870. Les tirs sur la citadelle et sur la ville de Biche ont durée dix jours et dix nuits. Le bilan est très lourd. Les 7 100 projectiles allemands ont semé la mort et la destruction ; sur les 390 maisons que compte la ville, 121 sont entièrement détruites, et 184 autres partiellement endommagées. À la citadelle, tous les bâtiments de surface sont détruits sauf la chapelle.

Bitche après les bombardements

À partir du 25 septembre, le véritable blocus de la ville se met en place. Les routes de Niederbronne et de Lemberg sont bloquées. Après ce long siège, une épidémie de typhus et de variole se déclare au sein de la population. Avec l’aide des femmes de la ville et des Sœurs de Charité, le commandant Teyssier improvise un hôpital au collège des Augustins et un drapeau blanc est hissé sur le toit. Pourtant, la ville est ravitaillée de jour et de nuit par les habitants des villages voisins qui y apportent des vivres.

Le 7 octobre 1870, un nouveau parlementaire allemand se présente à la citadelle. Le commandant Teyssier le fait éconduire avec pour réponse : « Toute démarche est inutile, nous ne nous rendrons pas ! ».

La population globale de 4 334 personnes, bien qu’assiégée, réussit à vivre presque normalement grâce aux approvisionnements par les villages environnants. À la fin du mois de janvier 1871, un journal parvient aux assiégés leur apprenant la reddition de Paris. Malgré cette nouvelle, le drapeau français continue à flotter sur la citadelle. Un nouveau parlementaire allemand vient annoncer officiellement la conclusion d’un armistice le 1er février 1871, Teyssier rejette cette nouvelle comme étant sans valeur pour la garnison de Biche. Sur ces entrefaites, Mondelli nouvellement nommé capitaine, est chargé par Teyssier de chercher les instructions officielles à Bordeaux où il arrive le 17 février 1871 ; Le capitaine Mondelli revient à Biche avec une lettre du ministre français de la Guerre. Le 12 mars suivant, un parlementaire allemand vient présenter à Teyssier une lettre de Jules Favre par laquelle il lui est ordonné d’évacuer Bitche avec les honneurs de la guerre.

Finalement, le 25 mars 1871, la garnison en arme quitte la ville en emportant le drapeau confectionné par les habitants pour les défenseurs de leur ville. Quant à Teyssier, nommé lieutenant-colonel, il reste à Biche pour la passation officielle de la citadelle, et ne quitte la ville que le 3 avril 1871. Après avoir été française depuis 1766, la ville de Biche devient allemande.

Le siège de Biche aura duré 230 jours, du 8 août 1870 au 26 mars 1871.

La citadelle de Bitche de nos jours.

Un autre siège va faire parler de lui : Belfort.

 

Belfort est une ville stratégique, une trouée entre les Vosges et le Jura, un passage obligé. Après la déroute de l’armée du Rhin, et la prise de Strasbourg par les Prussiens le 28 septembre, Belfort est le dernier rempart contre une invasion vers le centre de la France, ce qui pourrait prendre en tenaille les forces françaises de Lorraine et de Champagne.

Le colonel Pierre-Philippe Denfert-Rochereau (image ci-contre) vient d’être nommé gouverneur de la place de Belfort. Il entreprend, dès l’annonce de la progression prussienne, l’édification de fortifications supplémentaires pour compléter celles héritées de Vauban. Belfort est surnommée la ville au sept forts : le Château, les Basses-Perches, les Hautes-Perches, la Justice, La Miotte, les Barres et Bellevue. Les villages environnants sont mis en défense. Lorsque les troupes prussiennes commandées par le général August von Werder et son adjoint le général Udo von Tresckow investissent la région, le 3 novembre, elles se heurtent à une vive résistance.

Tout au long du premier mois, la garnison de Belfort va mener des sorties, appuyées par des canons à longue portée, obligeant les Allemands à reculer à plusieurs reprises et à abandonner les villages conquis. A partir du  décembre, les Allemands, équipés désormais de canons à longue portée, peuvent bombarder la ville. Le 13 décembre, les Allemands progressent et peuvent bombarder de façon intensive toute la ville.

Général von Werder

Général von Tresckow

Depuis début janvier, les défenseurs sont affaiblis par une épidémie de typhus et de variole. Une armée de l’Est a été constituée dans le but de libérer Belfort, le général Bourbaki est à son commandement. Après une journée de préparation d’artillerie, une attaque est lancée le 16 janvier 1871. L’armée de l’Est parvient à affaiblir sérieusement l’ennemi et à les faire reculer à proximité de Belfort. Mais, à l’image de ce qui s’est passé à Mars-la-Tour six mois plus tôt, Bourbaki, surestimant l’adversaire et sous estimant ses forces, donne l’ordre de revenir sur ses positions de départ. Le 17, les Français repoussent victorieusement une attaque surprise d’un régiment badois. Le 18, Bourbaki ordonne la retraite, abandonnant ainsi la ville.

Von Tresckow, dans son désir de voir chuter Belfort le rend imprudent et impatient. Le 27 janvier, il lance une attaque sur la redoute des Perches, qui lui coûte 500 tués. Il doit se résoudre à une approche par tranchées, et le 8 février il parvient à s’emparer de la redoute des Perches, ouvrant la voie à l’attaque directe du château.

L’ennemi a mis en batterie 200 gros canons qui, pendant 83 jours consécutifs, tirent plus de 400 000 obus, 5 000 par jour, ce qui est énorme pour l’époque, mais sans effet sur la volonté de résistance des Français.

Fort des Basses-Perches.

Le 15 février 1871, les opérations sont suspendues suite à l’annonce de l’armistice. Le 18, le colonel Denfert-Rochereau reçoit l’ordre du gouvernement français de rendre les armes. C’est donc après un siège de 104 jours que les défenseurs quittent la ville en portant fièrement leurs armes.

La garnison comprenait initialement 17 700 hommes dont 4 750 trouvèrent la mort, ainsi que 336 civils. Presque tous les bâtiments de la ville sont endommagés par les bombardements. Les Allemands ont perdu environ 2 000 hommes pendant le siège.

La résistance de Belfort va permettre à Adolf Thiers de négocier la conservation de l’arrondissement de Belfort au sein de la France, alors que faisait partie de l’Alsace, désormais annexée par l’Allemagne. En hommage à cette résistance, un monument réalisé par Bartholdi est construit sur le flanc de la falaise dominant la ville : Le lion de Belfort.

Le sort de la France est alors lié à celui de la capitale. Paris était protégée par une enceinte fortifiée, construite en 1840 ; Ces fortifications n’étaient plus d’actualité face à la portée et la puissance des nouveaux canons. Paris, et ses deux millions d’habitants, n’était pas à l’abri d’un bombardement.

À la fin septembre, la défense disposait de 800 canons de campagne et de 2 400 pièces de rempart. Plus de 500 000 hommes étaient armés, mais à peine 60 000 avaient une instruction militaire. Les troupes d’active étaient de la Garde nationale mobile, de la Garde nationale sédentaire et des corps-francs.

Artillerie française de Paris

Le roi Guillaume et le grand quartier général de l’armée allemande s’installent à Versailles, le 7 octobre 1870. Fin octobre, les Allemands comptaient 200 000 hommes et 700 canons. Ils vont investirent Paris en passant par la Seine, du côté de Poissy, et en amont, à Villeneuve-Saint-Georges et Corbeil.

Il y eut un premier combat à Montmesly, le 17 septembre, mais de peu d’importance. Puis, le combat de Châtillon, le 19 septembre. Le général Ducrot voulait conserver les hauteurs de Châtillon, Meudon et Montretout ; il attaqua les colonnes allemandes qui se dirigeaient sur Choisy-le-Roi et Versailles. Tous les ponts de Seine furent coupés, sauf Neuilly et Asnières. À partir du 20 septembre, l’encerclement de la capitale était complet, et de ce fait, plus aucune communication avec l’extérieur. Cependant, des échanges de correspondance ont pu se faire au moyen de ballon et de pigeons voyageurs ; 65 ballons partirent de Paris durant le siège. L’astuce, le ballon emportait les pigeons voyageurs qui à leur tour rapportaient des nouvelles.

Entre le 22 septembre et le 13 octobre, les contacts avec l’armée allemande vont se multiplier. Des combats vont se livrer un peu partout ; Pontoise, Thiais, Villejuif, Drancy, Bagneux … À chaque fois la progression française est stoppée. Ce sera également le cas le 21 octobre du côté de Rueil-Malmaison, où la contre-attaque prussienne fait reculer les assiégés. L’histoire se répète une fois de plus au Bourget le 28 octobre. Le 30 novembre, c’est « la grande sortie » lors de la bataille de Champigny qui mobilise 800 000 hommes. L’objectif est de se diriger vers Fontainebleau afin de faire la jonction avec l’armée de la Loire. Sur le terrain, après quelques succès initiaux, l’armée de la Loire a été battue à Beaune-la-Rolande le 29 novembre et se replie vers Orléans. En même temps, du côté ses Parisiens, Les troupes françaises bousculent les Prussiens et occupent Bry-sur-Marne et Champigny. Mais elles ne parviennent pas à pousser leur avantage. Après une trêve pour enterrer les morts des deux camps, la situation se fige. Les Français transis de froid, il fait – 14°, décident de stopper l’attaque et rentrent à Paris laissant 9 000 morts sur le terrain.

Une nouvelle tentative aura lieu quelques jours plus tard vers le Bourget ; c’est un nouvel échec. À compter du 27 décembre, les grosses pièces d’artillerie prussiennes commencent à bombarder Paris. De nombreux forts sont touchés. Puis, c’est Paris intra-muros, particulièrement les quartiers de Grenelle, du Luxembourg, viaduc d’Auteuil et même l’hôpital de la Salpêtrière.

Paris bombardée.

Le 19 janvier 1871 a lieu une dernière tentative de percée. Les assiégés tentent une sortie avec 80 000 hommes du côté de Rueil et Montretout. Une fois de plus, la contre-attaque prussienne brisera l’élan.

La bataille de Buzenval du 19 janvier 1871, nom du village située à l’extrémité de la commune de Rueil, fut le dernier épisode de la guerre franco-prussienne de 1870/71 ;

Un armistice est signé avec l’Allemagne le 26 janvier 1871 ; Les troupes allemandes obtiendront de Thiers qui a accédé au pouvoir, le droit d’occuper les Champs-Elysées du 1er au 3 mars. Le Second Empire a perdu des batailles, mais c’est la République qui va perdre la guerre.

L’Assemblée nationale s’installe à Versailles face à la pression de la Garde mobile en ébullition. Le 18 mars 1871, la Commune de Paris est instaurée. Mais ça, c’est une autre histoire.

Le 1er mars 1871, l’armée allemande défile sur les Champs-Elysées.

1870-1871. C’est une guerre dont on ne parle plus. Les deux guerres mondiales tiennent le haut du pavé. On commémore les guerres d’Algérie et d’Indochine, les guerres napoléoniennes ne sont pas oubliées. Mais curieusement, les guerres du Second Empire sont occultées, qu’elles soient victorieuses (Crimée) ou perdues (Mexique).

Séraphin PruvostLe dernier survivant de la guerre franco-prussienne était un centenaire. Séraphin Pruvost est né le 9 septembre 1849 à Siracourt et mort le 8 décembre 1955. Il était le dernier vétéran français de la guerre de 1870-1871. Il a reçu la Croix du combattant et la Médaille commémorative de la guerre 1870-1871 en 1952 des mains du ministre Eugène Claudius-Petit. Contrairement aux futurs combattants de la Première guerre mondiale, Séraphin Pruvost est mort dans l’indifférence générale.

Décorations correspondants à la guerre de 1870/71.

La médaille commémorative de la guerre 1870/71 à été créée par la loi du 9 novembre 1911 ; on été éligible les combattants mais aussi les infirmières, prêtres … et toute personne ayant contribué à l’effort de guerre.

Médaille de la société « Les vétérans des armées de terre et de mer » créée le 1er janvier 1893.

 Médaille des défenseurs de Belfort créée par la municipalité de Belfort.

Des médailles commémoratives furent éditées par des associations d’anciens combattants qui firent de nombreuses versions.