LES FRANÇAIS ET LA GUERRE DE SÉCESSION

La guerre de Sécession est une guerre civile qui a vu s’affronter les États de Nord et les États du Sud, de 1861 à 1865 aux États-Unis.

Cette guerre civile a fait près de 620 000 morts, soit autant de morts que toutes les guerres auxquelles ont participé les États-Unis. Première guerre mondiale (116 000 morts), Seconde guerre mondiale (405 000 morts), guerre de Corée (36 000 morts), et guerre du Vietnam (51 000 morts).

Deux civilisations, deux modes de vie, vont s’affronter. Le Nord, avec une population de 22 millions d’habitants, industrialisé et le Sud avec une population de 9 millions d’habitants dont 4 millions d’esclaves, aristocratique.

En 1859, un militant abolitionniste, du nom de John Brown, arrive dans la ville de Harpers Ferry, en Virginie (Sud). Il est accompagné de 5 Noirs et 13 Blancs. Ils ont un chariot avec des fusils qu’ils veulent distribuer aux esclaves, Brown a pour objectif de faire naître une révolte mais il est arrêté, jugé et pendu. C’est une peur qui va s’installer dans tout le Sud, peur d’être assassiné dans leur sommeil par leurs esclaves. En 1861, l’opinion publique s’embrase sur la question de l’abolition de l’esclavage. L’économie du Sud serait ruinée, la main-d’œuvre pour les récoltes de coton et du tabac est composée d’esclaves Noirs.

Bien avant le début de la guerre civile, la population française, constituée en grande partie de colons réfugiés de Saint-Domingue, suite à la révolte des Noirs en août 1791. Le nombre de Français s’était accru pendant la Restauration et malgré les promesses de clémence,  Louis XVIII avait laissé faire. Cela débarrassait la France des condamnés à mort en fuite, des proscrits, et des adversaires politique. Des milliers de Français avaient pris la route vers l’exil, principalement vers l’Amérique et la Nouvelle-Orléans où ils ont retrouvé les réfugiés de Saint-Domingue qui parlaient français. Au début de la guerre, la Nouvelle-Orléans comptait une colonie française de plus de 15 000 personnes.

Le comte Eugène Méjean, consul de France à la Nouvelle-Orléans va devoir leur rappeler leur devoir de neutralité. Ce n’était pas l’avis de Thomas Moore, gouverneur de l’État, il voulait mobiliser les résidents français. Pour concilier neutralité et devoirs, il est convenu que les citoyens français ne seraient pas engagé dans la lutte armée, mais effectueraient un service de maintien de l’ordre pour veiller à la sécurité des personnes et des biens. C’est ainsi que se constituèrent les milices qui affichaient clairement leurs sympathies pour les Confédérés. Tous ces hommes étaient équipés aux frais des notables et des engagés eux-mêmes, ils furent surnommés les « jambes rouges » car ils avaient un uniforme directement inspiré de la tenue du fantassin français : képi bleu ou rouge, veste bleu horizon et pantalon garance.

Au cours des élections de 1860, le président sortant, James Buchanan, ne se représente pas. Abraham Lincoln, est candidat républicain à la présidence. Il est anti-esclavagiste mais n’est pas favorable au droit de vote des Noirs. Le 6 novembre 1860, il devient le 16ème président des États-Unis. Devant la menace que représente Lincoln, la Caroline du Sud fait sécession. Le Mississipi, la Floride, l’Alabama, la Géorgie, la Louisiane et le Texas lui emboîtent le pas. Les États confédérés du Sud voient le jour, ils ont comme président Jefferson Davis. Le choc est sévère pour Washington.

Abraham Lincoln (1809-1865)

 À Charleston, en Caroline du Sud, une poignée de soldats nordistes se barricadent dans un fort côtier du nom de Fort Sumter. Le 12 avril 1861, les sudistes bombardent le fort qui se rend 34 heures plus tard. C’est le début de la guerre de Sécession. Lincoln appelle à la mobilisation, 75 000 volontaires sont recrutés. La Caroline du Nord, la Virginie, l’Arkansas et le Tennessee font également sécession et rejoignent la Confédération du Sud.

Fort Sumter après les bombardements.

Sur ordre de Lincoln, Robert E. Lee, un brillant officier de Virginie, est appelé à Washington. Lincoln lui propose le commandement de l’armée de l’Union. Lee demande un délai de réflexion et repart en Virginie. Le 20 avril, il démissionne de l’armée de l’Union, le lendemain, il prend la tête des troupes de l’État de Virginie.

Robert Edward Lee (1807-1870)

C’est à Manassas, petite ville à 60 km de Washington, que se déroule la première grande bataille, le 21 juillet 1861. L’Union, avec ses 35 000 hommes, est certaine de la victoire.  Le Congrès  et la population de Washington  se déplacent vers le champ de bataille pour assister aux combats. L’Union écrase les Confédérés, mais, un général sudiste du nom de Thomas Jackson, tient sa position. La bataille bascule et les sudistes foncent sur les nordistes. C’est la débandade, l’armée de l’Union  fuit, gênée par les calèches et les chariots des civils.

Pendant ce temps là, en France…

Au printemps 1861, les autorités consulaires américaines de Paris, Marseille et Lyon, sont assaillies par des volontaires pour rejoindre l’Union. John Slidell, représentant des États confédérés du Sud, constate le même phénomène, des Français qui veulent rejoindre les confédérés. Napoléon III interdit, dès le 10 juin 1861, à tout ressortissant  de prendre part aux hostilités, sous peine d’être déchu de la nationalité française.  Mais, près de 15 000 volontaires vont embarquer à Bordeaux, La Rochelle, Marseille et au Havre, pour les Amériques. La motivation de ces volontaires et autre que la lutte contre l’esclavagisme, nobliaux de province et rejetons de bonne famille en mal de sensations fortes, la soif de faire fortune aussi figure parmi les motifs d’engagement. Il y a aussi des mercenaires aguerris qui vont monnayer leur expérience du feu comme Gustave Cluseret, ex-garibaldien et futur ministre de la Guerre de la Commune, il sera recruté par les nordistes avec le grade de colonel.  Parmi ces Français qui se battent, de nombreux vivent déjà aux États-Unis. En 1861, une unité de 650 volontaires connue sous le nom de 55ème régiment de New York, sous le commandement du colonel Régis de Trobriand, participe à plusieurs batailles. Au Sud, le négociant Charles de Vaux, le planteur Paul-François de Gournay et le journaliste Xavier Debray, lèvent un bataillon d’infanterie à leur frais. Une autre unité française défraie la chronique, mise sur pied par Gustave de Coppens, un esclavagiste convaincu, enrôle dans son bataillon les têtes brûlées des bas-fonds et des prisons. Connu sous le nom des « Tigres de Louisiane », ils se spécialisent dans les coups tordus et les bains de sang.

La guerre aux Amériques est une aubaine pour beaucoup d’officiers français qui s’ennuient dans les villes de garnison. Parmi eux, les frères Boulanger, l’un d’eux part revêtir la tunique bleue. L’autre, futur général Georges Boulanger, sera à l’origine d’une grave crise de régime en 1889. Les militaires sont prévenus qu’aucun congé ne sera accordé et qu’ils seront radiés des cadres de l’armée. Menace qui ne concerne pas Camille de Polignac, un officier de 29 ans qui s’était illustré pendant la guerre de Crimée, il avait quitté l’armée en 1859. En juin 1862, il débarque à New York  et offre ses services aux Confédérés. Aristocrate, fils d’un président du Conseil du roi Charles X, il mène une charge victorieuse qui permet aux  Sudistes de remporter la bataille de Richmond. Il est nommé général de brigade. Un autre fait d’arme au printemps 1864, permet la victoire de la bataille de Mansfield. « Le Lafayette du Sud » est alors nommé général de division.

Le 1er janvier 1863, Lincoln promulgue la Proclamation d’émancipation qui abolit l’esclavage sur tout le territoire américain. Les Noirs s’engagent massivement dans l’armée, 186 000 Noirs vont rejoindre les rangs de l’Union, ce qui donne un second souffle an Nord. Après la bataille de Chancellorsville, les Confédérés foncent sur les territoires du Nord. Ils seront arrêtés à Gettysburg où près de 150 000 hommes vont s’affronter du 1er au 3 juillet 1863. Bien qu’inférieurs en nombre, les troupes sudistes du général Lee vont tenir trois jours avant de sonner la retraite. La voie est libre pour l’Union, le général Grant prend le bassin du Mississippi et la ville de Vicksburg. Le général Shermann ravage la Géorgie, événement relaté dans le film « Autant en emporte le vent ». La capitale Richmond est prise en 1865 et le gouvernement sudiste s’échappe. La Confédération est aux abois et le général Lee capitule après la bataille d’Appomattox, le 9 avril 1865.

La bataille d’Appomattox est la dernière bataille de cette campagne. L’armée nordiste se présente en tenaille, au nord et au sud de son adversaire. Le 1er avril, Sheridan déborde le flanc des troupes de Lee. Le jour suivant, l’armée de Grant fait une percée et met fin au siège de Petersburg. Lee abandonne Petersburg et Richmond, et marche vers la gare d’Appomattox où un train de ravitaillement l’attend. Le 8 avril, la cavalerie de l’Union, commandée par le brigadier-général Custer, prend et brûle les trois trains de ravitaillement des sudistes. À l’aube du dimanche 9 avril 1865, le 2ème corps confédéré, sous le commandement du Major-général John B. Gordon attaque la cavalerie de Sheridan et force sa première ligne. La seconde ligne, sous les ordres des généraux Mackenzie et Crook, s’attache à ralentir l’avancée des sudistes. La cavalerie de Gordon réussit néanmoins à franchir les lignes nordistes pour atteindre une crête d’où elle découvre le 24ème Corps, appuyé par le 5ème Corps à sa droite. Les cavaliers sudistes se replient rapidement vers Lynchburg. Les troupes sous le commandement du général Ord se mettent en marche contre celles de Gordon. Le 2ème Corps nordiste manœuvre pour attaquer le corps d’armée du général James Longstreet, au nord-est.

Les généraux de l’Union.

Les généraux Confédérés

Ulysses S. Grant reçoit la reddition du général Lee dans les salons de sa demeure de Wilmer Mc Lean. Lee et ses hommes reçoivent les honneurs et peuvent garder leurs chevaux, car Lee a fait remarquer à Grant que les hommes du Sud se battaient avec leurs propres chevaux.

Le 12 avril 1865, une cérémonie officielle marque la reddition de l’Armée de Virginie du Nord, avec liberté conditionnelle de ses chefs et de ses soldats. L’armée de Lee était la plus importante de celles qui restaient à la Confédération et donc, de fait, cette reddition met fin à la guerre de Sécession.

Par décret, le président Lincoln gracie tous les hommes ayant combattu pour la Confédération dans le but d’unifier à nouveau le pays.

Le bilan de cette guerre civile est désastreux. Au Sud, les destructions sont énormes, l’économie est ruinée. 250 000 hommes ne reviendront pas chez eux. Le Nord compte plus de 360 000 morts dans ses rangs, mais l’esclavage est aboli.

Qu’en est-il de nos jours ?

À la veillée de Noël 1865, est fondée une société secrète, le Ku Klux Klan. Ils vont s’opposer par tous les moyens violents, assassinats, attentats, viols, tortures, enlèvements, incendies d’écoles et d’églises afro-américains. Ils s’opposent aux, Treizième amendement de la Constitution des États-Unis abolissant l’esclavage, au Quatorzième amendement de 1868, accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et au Quinzième amendement, de 1870, garantissant le droit de vote à tous les citoyens des États-Unis.

Cette société secrète existe encore de nos jours bien que son influence a diminué au cours des années 1960. Le Civil Rights Act de 1968 mettant fin (en théorie) à toutes les formes législatives et réglementaires de discrimination raciale sur l’ensemble des États des États-Unis.