LA FRANCE, UNE EXCEPTION DÉMOGRAPHIQUE EN EUROPE ?
Le vieillissement de l’Europe est un phénomène démographique caractérisé par plusieurs facteurs : une baisse du taux de natalité, une baisse du taux de mortalité et une espérance de vie grandissante.
Ces phénomènes vont s’amplifier au cours des quatre prochaines décennies en Europe. L’augmentation de la population âgée va être un problème se rapportant à la main-d’œuvre. La population européenne en âge de travailler était de 11,9 % de la population mondiale en 2005, elle va sans doute passer à 6,4 % en 2050. Cela sa traduira par un déclassement économique de l’Europe et de son importance dans le monde.

Les causes sont multiples. La baisse de la fécondité en est une. Entamée en 2010, elle se poursuit en France. Au 1er janvier 2024, la France comptait 68,4 millions d’habitants.
La baisse de la natalité est un phénomène que l’on observe partout dans le monde. En Afrique subsaharienne, la baisse est plus lente et ce continent reste l’unique région où la croissance démographique continue fortement, ce qui représente environ 80 % de l’accroissement démographique mondiale d’ici la fin du siècle. En Chine, au Japon et en Corée, ainsi qu’en Europe de l’Est, les taux de natalité sont extrêmement faibles et le déclin de la population a déjà commencé. La France, les pays scandinaves, les États-Unis maintiennent des taux de natalité un peu plus élevés. Selon l’INSEE, en France, à partir de 2035, le nombre de décès devrait dépasser régulièrement celui des naissances.
La baisse du nombre de décès vient de la forte hausse de l’espérance de vie, 80,0 ans pour les hommes et 85,7 ans pour les femmes. Contrairement à celui de la plupart des autres pays européens où il est négatif (21 pays sur les 27 de l’UE) la différence entre les naissances et les décès était positif en France jusqu’en 2024, bien que faible. Pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale, la France a enregistré en 2025, 645 000 naissances et 651 000 décès. C’est la baisse de la fécondité qui explique l’essentiel de la diminution des naissances. Après une légère reprise en 2021, après la première vague de l’épidémie de Covid 19, l’indicateur de fécondité continue sa baisse, 1,79 enfant par femme en 2022, 1,68 en 2023. La France conserve malgré tout la fécondité la plus élevée de l’UE.

Dans les pays d’Asie de l’Est, cela fait plusieurs décennies que le taux de fécondité est inférieur au seuil de remplacement des générations. Une fois que la natalité atteint un seuil très bas, proche de 1 enfant par femme, il semble difficile d’inverser la courbe des naissances.
Les pays du Nord de l’Europe avaient des niveaux de fécondité élevés au début des années 2010 et ont tous, à l’exception du Danemark, connu des baisses. Pour certains comme la Finlande et la Norvège, la baisse était déjà bien marquée dès les années 2010.
La fécondité des pays du Sud de l’Europe, très faible dès 2014, entre 1,2 et 1,4 enfant par femme, sont restés stables ou ont légèrement baissé dans les dix ans qui suivent, exception faite de la baisse ponctuelle au cours de la période Covid 19. Le Portugal est le seul pays d’Europe du Sud à connaître une hausse sur cette période, passant de 1,2 à 1,5 au cours de cette décennie.
L’évolution, dans ce domaine, des pays anciennement du bloc de l’Est, sont plus divers. Pour beaucoup d’entre eux, il y a eu une reprise de la fécondité. Ce fut le cas de la Lituanie et de la Lettonie, au début de la décennie, soit à la fin de la décennie 2010, de la Hongrie, de la Pologne et de la Tchéquie. Néanmoins, la plupart de ces pays connaissent depuis, une nouvelle baisse de leur fécondité.
Parmi les pays voisins de la France, l’Allemagne et l’Autriche à la fécondité très basse en 2014, ont connu une légère remontée, tandis que les pays à fécondité élevée entre 1,8 et 2,0 comme l’Irlande et le Royaume-Uni ont connu une baisse progressive, plus marquée que celle de la Belgique et les Pays-Bas dont le niveau de fécondité moyen était de 1,7.
Pour l’ensemble de l’Europe, la fécondité est plus homogène qu’elle ne l’était il y a 10 ans, avec une tendance globale à la baisse. Le choc lié au Covid 19 est constaté dans presque tous les pays pour les naissances de décembre 2020 et janvier 2021, mais suivie d’un rattrapage dans les mois qui ont suivi.
L’INSEE a publié en novembre 2021 une projection sur la population française à l’horizon 2070. Le scénario retenait une fécondité de 1,8 enfant par femme, une mortalité continuant à baisser, une espérance de vie à la naissance de 87,5 ans pour les hommes et 90,0 pour les femmes. Dans ce scénario, la population française continue d’augmenter jusqu’à un maximum de 69,3 millions en 2044 puis diminuerait ensuite jusqu’à 68,1 millions en 2070.


POPULATION FRANÇAISE AU 1er JANVIER 2025
À l’échelle régionale, le taux de fécondité en Amérique du Nord était de 1,64 enfant par femmes en 2023, tandis qu’en Amérique du Sud et Centrale, le taux de fécondité était de 1,84 enfant par femme la même année (2,61 en 2000). Le phénomène est mondial, sauf pour le continent africain.
- Taïwan : taux de fécondité le plus bas dans le monde avec 0,72 enfant par femme.
- Corée du Sud : 0,78 enfant par femme.
- Hong Kong : 0,8 enfant par femme.
- Niger : 7,6 enfants par femme.
- Le Vatican est le seul pays au monde où personne ne naît. Aucun bébé depuis 96 ans.
Les raisons de la baisse de la natalité sont multiples.
Pendant de nombreuses années, la France a fait figure d’exception démographique en Europe, grâce à une fécondité élevée. Cette singularité s’efface désormais à la faveur des transformations des trajectoires de vie. Les Françaises ont leurs enfants de plus en plus tard. Depuis la fin des années 1960, l’âge moyen des mères a été de 29,6 ans en 2005, puis à 31,2 en 2025. Notons que 87 % des femmes de la génération 1930, les mères du baby-boom ont eu au moins 1enfant.
Ces quinze dernières années on note une baisse de la fécondité sur l’ensemble du territoire français, sauf à l’Est de la Bretagne et dans les pays de la Loire, où perdurent des normes familiales plus traditionnelles, également dans la périphérie francilienne et la vallée du Rhône, espaces marqués par une forte présence des classes populaires.
Certaines régions de fécondité traditionnellement forte, comme le Nord, le Pas-de-Calais et la Lorraine sont en net recul et ont une fécondité comparable à la moyenne nationale. Cela s’explique par le déclin industriel de ces régions et l’incertitude économique (chômage, précarité) qui sont les facteurs principaux.
Les femmes ont moins d’enfants que souhaité pour plusieurs raisons : infertilité, rupture d’union, difficultés économiques. Aujourd’hui, les couples stables souhaitent généralement avoir 1 ou 2 enfants. Il y a 25 ans, c’était plutôt 2 ou 3. Le refus d’avoir des enfants a progressé, passant de 5 à 12 %. Cette baisse du désir d’enfants est nouvelle en France. La crainte de l’avenir semble être la raison primordiale. Dans toutes les enquêtes, les jeunes adultes expriment leurs angoisses face au changement climatique, au contexte géopolitique,, à l’incertitude économique et sociale. Dans le détail, c’est plutôt un comportement des jeunes des grandes villes, ayant fait des études supérieures, pour les quels ne pas avoir d’enfant serait un geste « écologique ». Le bourrage de crâne a bien fonctionné.
Ce mouvement de baisse de la fécondité chez les jeunes femmes, on peut y voir des difficultés à trouver un équilibre entre famille et travail dans un contexte de précarité de l’emploi. Le chômage a baissé en France depuis quelques années, mais la nature des emplois a changé. Le premier emploi stable arrive souvent après plusieurs contrats précaires, donc plus tard.
Le logement joue lui aussi un rôle. La France, malgré l’augmentation de la population, ne propose pas suffisamment de logements, cela induit fatalement l’augmentation des prix d’une location ou d’un achat. Beaucoup de jeunes actifs vivent encore chez leurs parents ou en colocation.
Le problème n’est pas nouveau.

MARIANNE N° 322 DU 21 DÉCEMBRE 1938
« L’UNAF appelle à une démarche programmée de réinvestissement dans la politique familiale, dès la prochaine mandature, afin de redonner confiance aux familles et leur permettre de concrétiser leurs projets parentaux. De ce point de vue, la création d’un nouveau congé après la naissance, bien indemnisé, qui a été obtenu par l’UNAF, constitue une première réponse aux attentes des parents ».
Faut-il payer les Français pour lutter contre la dénatalité ?
La France est à un tournant démographique. La baisse du désir d’enfants chez les jeunes générations nous dit clairement que cela devrait être une tendance durable.