L’HISTOIRE DES DAMBUSTERS

L’HISTOIRE DES « DAMBUSTERS » OU DES BRISEURS DE BARRAGES

Rassemblés en mars 1943, dans le secret le plus absolu, 133 pilotes et membres d’équipage de bombardiers Lancaster vont se former en accéléré pour bombarder trois barrages dans le cœur même de la Ruhr, en Allemagne. Le commandement de l’escadre est confié à un jeune héros de 24 ans, Guy Gibson.

 

Le 617ème Escadron a été formé à Scampton dans le Lincolnhire. La plupart des équipages ont été choisis par Gibson lui-même. Ils n’auront que quelques semaines pour mener à bien cette mission secrète. Si secret que même Gibson ignore au début pourquoi il doit former ces équipages.

GUY GIBSON À GAUCHE DE LA PHOTO

 

Barnes Wallis est un ingénieur aéronautique et inventeur britannique. Il a fait sa carrière chez Vikers-Armstrongs, puis son successeur, la British Aicraft Corporation. Wallis voit l’intérêt du bombardement stratégique pour détruire la capacité de production militaire. Il préconise l’emploi de bombes puissantes capables de détruire des cibles insensibles aux bombardements classiques. Il va concevoir une « bombe rebondissante » connue sous le nom de code d’Upkeep.

Au début de 1942, Wallis a commencé à expérimenter son idée avec des billes de ses enfants, sur une bassine d’eau dans son jardin.  Son idée était qu’une bombe pouvait sauter sur la surface de l’eau comme le jeu du galet que l’on fait rebondir sur l’eau.

Il a présenté son idée au Bomber Command dont certains y voyaient un plan de « casquette folle ». Néanmoins, Sir Charles Portal, chef de l’état-major de l’armée de l’air, ordonne le lancement du projet.

 

TESTER LE CONCEPT DE LA BOMBE REBONDISSANTE

Les premières expériences se feront avec une sphère. C’est un échec. L’enveloppe de la sphère se désintègre au contact de l’eau. Il faut repenser le système. Ce sera sous la forme cylindrique que va naître Upkeep.

L’engin est tellement lourd et volumineux qu’il va falloir modifier les Lancaster pour l’arrimage de la bombe. Une fois la conception de la bombe approuvée, la RAF commande 21 appareils modifiés. Les modifications comprenaient l’enlèvement des portes de la soute en raison de la taille de la bombe, l’installation d’un bras d’étrier en forme de V pour tenir la bombe, mise en place d’un engrenage hydraulique pour donner la vitesse nécessaire de 500 tours/minutes à la bombe avant largage. Pour réduire le poids, la tourelle supérieur a été retirée et le trou couvert.

L’ARRIMAGE DE LA BOMBE

La RAF a planifié l’opération entre le 14 et le 16 mai, à, cette date, le niveau d’eau des barrages ciblés sera au maximum. Les essais avec des bombes inertes ont permis à Wallis de déterminer que la bombe devait être libérée à une hauteur de 60 pieds en volant à 220 miles à l’heure (18 m à 354 km/h). Problème, aucun altimètre utilisé par la RAF n’était assez précis pour une attaque de bas niveau. Autre problème, le viseur.

Le viseur  de bombardement habituel fut remplacé par un simple appareil portatif en bois en forme de lettre Y. Connu sous le nom de viseur de bombardement Dann, il devait être aligné avec les tours situées à chaque extrémité des barrages, et il, indiquait au bombardier quand lâcher à la bonne distance, c’est-à-dire entre 365 et 411 m.

LE VISEUR EN BOIS

Pour aider le pilote à savoir s’il se trouvait à la bonne altitude de largage, les Lancaster étaient équipés de 2 lampes Aldis fixées au train d’atterrissage et inclinées de manière à créer une quasi fusion des faisceaux à 18 m sous l’avion , un peu à tribord pour que le navigateur puisse voir les faisceaux former un huit à la surface de l’eau.

Les équipages s’entraînèrent à partir du 31 mars 1943 à la navigation à très basse altitude et au largage de la bombe au-dessus des lacs de la campagne anglaise. Un des équipages fut jugé d’un niveau insuffisant, l’escadron fut réduit à 19 équipages. En mai, les équipages larguèrent des bombes réelles en mer, et une dernière répétition générale fut organisée le 14 mai. Les hommes étaient fin prêts et ne demandaient qu’à partir.

 

L’opération « Chastise » (punir) peut démarrer.

 

La première vague arrive au-dessus du lac de Möhne et le bombardier de Gibson largue la première bombe. Le second bombardier est touché par la flak puis soufflé par l’explosion de sa propre bombe. Le troisième bombardier réussi à toucher la cible. Un quatrième bombardier fait également but, si bien que le barrage commença à céder.

Malgré la brume, le barrage fut touché deux fois. 1294 personnes furent tuées dont 749 prisonniers ukrainiens et français enfermés dans un camp en-dessous du barrage.

BARRAGE DE LA SORPE

C’était un barrage en terre théoriquement plus facile à détruire. Le bombardier de McCarthy a atteint seul le barrage. En dépit de la brume et des collines qui entourent le barrage, McCarthy fit un coup au but mais cela n’entraînera pas de destruction. Trois autres bombardiers arrivent alors et lâchent leur bombe et malgré les coups au but, le barrage de terre ne cède pas.

Les barrages de Möhne et d’Eder ont été détruits, tandis que le barrage de la Sorpe a été endommagé mais pas détruit. Le coût humain pour le Squadron 617 a été important. Sur les 19 équipages, huit ne sont pas revenus. Au total, 53 hommes ont été tués et trois autres, qui avaient sauté du bombardier touché par la Flak,  ont été fait prisonniers.

Guy Gibson recevra un message du vice-maréchal de l’air Cochrane :

« Le désastre que vous avez infligé à la machine de guerre allemande était le résultat d’un travail acharné, de la discipline et du courage. La détermination de ne pas être battu dans la tâche et de lâcher les bombes exactement sur le point visé malgré l’opposition ont donné l’exemple que d’autres seront fiers de suivre ».

La presse a fait écho de ce raid extraordinaire de courage.